Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?

Alors avec Amidou, on s’est éloignés.
On a repris nos pneus pour aller s’entraîner sur la piste, puisque les adultes avaient dit qu’on avait encore le temps avant le début du film.
On a lancé nos pneus sur la pente douce. Ils prenaient de plus en plus de vitesse, tenaient bien la route avant de terminer leur course, soit dans les buissons, soit à plat sur le flanc. C’est le pneu qui arrivait le plus loin sans encombre qui faisait gagner son lanceur. Avec les nids de poules qui ornaient la piste, les pneus n’allaient jamais bien loin.
En bout de course, on faisait pied la route pour aller rechercher le pneu abandonné.
— Un jour, nos pneus iront si loin, quand on aura vraiment la maîtrise du lancer de pneu, qu’il faudra marcher jusqu’à Ikot-Ekpene pour aller les récupérer ! Assura Amidou qui ne se décourageait jamais. Il faut dire que c’est toujours son pneu qui gagnait.
On a encore lancé nos pneus, de toutes nos forces, sur la piste de latérite, quand on a entendu une grande clameur venue du village.
— Ça y est, le film doit fonctionner ! Vite, allons-y, nous allons manquer le début ! S’écria Amidou.
— Mais nos pneus…faut suivre leur course et aller les récupérer… !
— Pas le temps, faut se dépêcher ! On s'en occupera après le film !
J’ai eu un moment d’hésitation, pris entre l’envie de voir jusqu’où nos pneus étaient arrivés et l’envie de suivre Amidou qui était déjà parti en courant.
J’avais lancé mon pneu avec une telle force et une telle précision, que j’étais persuadé que cette fois-ci, il devait terminer sa course très loin devant celui d’Amidou.
Je jetai un coup d’œil qui me persuada de la justesse de mon jugement, car je ne voyais plus aucun des deux pneus dans mon champ de vision. Ils avaient dû terminer leur course très loin, là où ils n’avaient encore jamais été.
Tant pis, pas le temps d’aller vérifier…Amidou avait raison : on aurait bien le temps plus tard ! Et je me mis à courir comme un fou derrière lui, jusqu’à en perdre haleine.
Quand nous sommes arrivés, rouges et essoufflés, le film défilait sur l’écran. Des personnages s’agitaient et parlaient fort.
Ils ont dit quelque chose de drôle car toute l’assistance s’est mise à rire. On s’est assis et on a regardé, éberlués, les images bouger.
C’était à peine croyable : les images bougeaient ! De vrais personnages marchaient et parlaient, comme nous tous les jours ! Ça n’avait rien à voir avec les images d’un livre. C’était bien mieux ; on n’avait pas besoin de savoir lire pour suivre l’histoire. Il suffisait d’ouvrir grands nos yeux et nos oreilles. C’était comme de la magie !
Même le marabout du village n’en revenait pas et se grattait la barbe.
Au bout de quelques minutes à peine, tout s’est arrêté.
Tout le monde a fait : « Hooooooo ! »