Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?

Un bruit assourdissant, un coup de gîte brutal, la coque qui bascule puis se retourne en un éclair et définitivement.
Le plafond devient sol, l’eau envahit l’habitacle, les objets sans dessus dessous roulent et flottent, le noir efface tous les repères, le froid s’empare de l’espace, les vagues bousculent le bateau comme un shaker agité par les mains de Neptune en colère.
Chavirage du bateau, chavirage du destin.
Balise de détresse, SOS… un long cri lancé dans la nuit, par delà les océans, un appel jeté comme on lance une bouteille à la mer…
VM Matériaux a chaviré avec à son bord Jean Le Cam.
Au réveil, la nouvelle tombe comme un couperet et glace le sang. Ce que l’on redoutait devient terrible réalité…
Dans ce Vendée Globe, décidément, la mer se joue des bateaux et a encore sévit, et cette fois-ci sur un proche…
Suivent les longues heures d’angoisse où chaque minute dure des heures pendant lesquelles on imagine le pire.
Incapable de bouger et de penser à autre chose, on reste scotché dans l’attente des nouvelles. Radios, télés, internet, téléphone à portée de main ; l’attente est interminable.
Chaque coup de fil fait bondir le cœur.
Et cette photo terrible de la coque renversée, ballotée par l’océan en rage, découverte sur Internet…
Aucun signe de vie. Juste le silence…insupportable…pendant des heures et des heures.
Les images effroyables qui passent devant les yeux. Et les questions sans réponses. Mort ou vivant ? A l’abri à l’intérieur de la coque ? Blessé ? En hypothermie ? A-t-il trouvé sa combinaison de survie ? La mer envahit-elle le bateau ?
Le silence…toujours cet effrayant silence.
Et le vent, et les creux de six mètres qui empêchent tout sauvetage alors qu’il ya urgence…
Il faut attendre, en se raccrochant à des hypothèses, à des espoirs, à la bonne étoile qui ne peut pas filer ainsi, non pas un jour comme celui-ci !
Attendre…Attendre le secours des adversaires qui sont avant tout des potes lorsqu’il y a danger et qui sans réfléchir se déroutent de la course. Il n’y a qu’eux qui pourront s’approcher du bateau en perdition…Qu’eux qui pourront détecter s’il y a un signe de vie à l’intérieur.
Il faut attendre qu’ils arrivent sur zone et les miles avalés à brides abattues sont des heures où l’on suspend sa respiration, où l’on prie Eole de souffler fort dans les voiles.
Puis la nouvelle tombe enfin : Jean est vivant !! Il a répondu aux cris du copain Vincent !
« Jean est vivant, Jean est vivant !! » crient toutes les radios, télés, téléphones.
La joie, l’immense soulagement…IL EST VIVANT !
Mais le plus dur reste à faire : le sauvetage s’avère difficile. La porte de secours est sous l’eau et va résister à la pression de la mer.
Par delà le bruit du vent et des vagues, Vincent réussit à entendre le cri de détresse de son ami : il a très froid et la mer emplit le bateau petit à petit ; il faut intervenir en urgence !
Le soulagement fait vite place à l’angoisse à nouveau…
Jean est vivant mais prisonnier de son bateau…
Jean risque l’hypothermie et le bateau coule peu à peu, l’oxygène se fait rare dans l’habitacle…
Branlebas de combat au sein du PC Course pour trouver les moyens d’intervenir le plus rapidement possible, mais la nouvelle tombe effrayante : les secours -un remorqueur chilien avec à son bord des hommes grenouilles- ne pourront être sur place que le lendemain matin, à cause de la distance à parcourir pour arriver sur zone et la nuit qui va tomber…
La peur, l’angoisse de nouveau… Tout peut se passer pendant la nuit…Le bateau risque de couler…Jean mourir de froid et d’épuisement…
Puis, tout s’est passé très vite.
Impensable d’attendre les secours encore si longtemps… Impensable de rester encore une nuit entière dans ce bateau chéri devenu cercueil…
Jean n’est pas homme à attendre sans agir : il n’attend jamais que l’on décide pour lui, surtout lorsque sa vie est en danger. Il va tenter le tout pour le tout ; il n’a plus rien à perdre !
Puis le sauvetage périlleux et incroyable !
L’instinct de survie fait décupler les forces qui restent encore tapies.
Jean plonge sous l’eau et arrache la trappe de la porte de secours avec rage et sort du bateau. Il sait qu'il joue sa vie si personne ne l'attend au dehors...mais il sait Vincent et Armel pas loin...
Un véritable accouchement, comme il se plaît à décrire sa sortie périlleuse !
Il agrippe l’éolienne, puis un saffran…s’y cramponne, submergé par les vagues de six mètres qui à tout moment risquent de l’emporter définitivement au fond de l’océan.
L’ami Vincent veille. Il est prêt à accueillir le gros bébé dans ses bras et sait qu’il n’a pas droit à l’erreur s’il veut sauver son pote en grand danger de mort.
Sa vie ne tient qu’à un bout arrimé à la coque qui s’enfonce et que chaque vague peut arracher. Vincent voit son ami disparaître sous l'eau et réapparaître. Chaque fois il pense que c'est la dernière fois....
Armel aussi est là, surveillant les opérations à bord de son monocoque.
Quatre passages du bateau salutaire PRB seront nécessaires pour qu’enfin le naufragé attrape la corde relié au winch que Vincent va actionner pour hisser enfin son ami à son bord.
Des minutes interminables et oppressantes que les trois navigateurs n’ont pas fini de voir défiler sur l’écran de leurs mémoires…
Jean est enfin sain et sauf ! Sauvé des eaux par cette solidarité qui n’a jamais fait défaut aux gens de mer ! Sain et sauf…en bonne santé : on entend enfin sa voix et on voit son visage, ses yeux ivres de fatigue !
Soulagement: Jean à gauche et Vincent son sauveur!, juste après le sauvetage périlleux!
Tout est bien qui finit bien. La vie est redevenue belle, si belle. Les deux compères, liés désormais par une amitié indéfectible, font route vers Ushuaia, sur un même bateau.
Vincent a pris de gros risques en mettant tous les moyens pour sauver son ami Jean, jusqu’à endommager son propre bateau…PRB a mal à son mât…et la course est compromise pour Vincent. Il faut essayer de réparer.
On apprend ce matin que le feuilleton continue : Jean et Vincent ont fini par démâter au large des îles du Cap Horn. Ils dérivaient, moteur HS…et ont été finalement remorqués jusqu’à la terre ferme.
Coup dur…Vincent doit définitivement abandonner la course… Son courage et sa générosité n’auront pas été récompensés…
C’est ainsi, c'est la dure loi de cette course passionnante mais si dangereuse, où la mer malmène les hommes et leurs montures en les poussant au bout de leurs limites…
C’est la solidarité qui ici n’est pas un vain mot !
C’est la passion qui anime des gens admirables de courage et de ténacité…La passion tout simplement… qui mène ces hommes jusqu’au bout de leur rêve et à n’importe quel prix ! Mais c’est aussi leur métier.
On soigne les bobos, mais déjà, dans la tête, on est déjà repartis pour d’autres aventures !
OUF !