Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?

Ça y est, elle peut sortir de sa cachette : les livres avaient donné le signal de la fête ! Ils s’étaient tous envolés de leurs étagères et menaient une joyeuse sarabande ! Ils s’animaient, les livres la nuit, quand personne ne les voyait ; ils faisaient la java ! Ils se déplaçaient d’un coin à un autre, ils dansaient, échangeaient leurs mots.
Souvent trop vite surpris par le jour, tant ils s’amusaient, certains n’avaient pas le temps de regagner leur place.
C’est ainsi qu’au matin, les bibliothécaires les retrouvaient souvent mélangés dans les rayonnages, voire étalés à même le sol…c’est qu’ils n’avaient pas eu le temps de regagner leur place attitrée !
Elle observe Balzac accoudé au comptoir en train de s’entretenir de manière véhémente avec Zola qui fait de grands gestes. George Sand tire sur son cigare et fait de l’œil à Colette. Marguerite Duras flirte avec Maupassant, là-bas sur la banquette. Le marquis de Sade tente de s’immiscer dans les pages d’Emilie Brontë, tandis que Verlaine rimaille avec Baudelaire. Un peu plus loin, Prévert clame ses bonnes paroles à un Pagnol qui tente de conter fleurette à une Virginia Woolf déprimée. Madame de La Fayette tient salon et discute littérature avec un certain Voltaire très candide. Dans le hall, Radiguet tire la couverture à lui et laisse Stendhal sans mots, pendant qu’Anaïs Nin défroisse ses pages cornées par un Crébillon un peu trop fougueux.
Elle va de l’un à l’autre, tentant de participer à l’ambiance détendue, mais est-ce dû à sa petitesse, à sa robe grise, personne ne semble s’apercevoir de sa présence ? Personne ne lui adresse la parole. Elle se sent de trop soudain.
Du coup, elle s’ennuie et soupire.
Finalement, les nuits ici sont toujours les mêmes…Elle en a fait le tour depuis qu’elle hante ces lieux.
Elle se sent lasse de tout ça.
Elle pense tout à coup qu’il est temps pour elle de changer d’horizon. Une autre bibliothèque, un autre cadre de vie lui serait plus agréable, sans aucun doute…
Désœuvrée, déçue, elle décide d’aller faire un tour au sous-sol.
Elle trottine d’allégresse : c’est ça, allons faire un tour du côté de l’expo du sculpteur ! Ses statues, au moins, ne se sentiront pas obligées de lui parler : elles sont inanimées, elles, pas comme ces sacrés livres !
Elle regarde sans conviction les yeux vides des statues, les corps plantureux qui s’alanguissent sur une table froide. Elle furète un peu partout pour tromper son ennui. Si, au moins, elle avait quelque chose à se mettre sous la dent : rien à grignoter ici, c’est pas comme là-haut ! C’était toujours ainsi, quand elle s’ennuyait, elle avait faim !
Elle a si sommeil tout à coup et si froid qu’elle s’endort…Elle est bien là, bien au chaud !
Vivement le matin pour que demain soit un autre jour !
— Allo, Brigitte ?? Je tenais à vous remercier de votre accueil et de m’avoir permis de faire connaissance avec le public sparnacien !
— Tout le plaisir était pour nous, à la médiathèque d’Epernay, d’accueillir un sculpteur de talent ! Comment se passe votre expo à Reims, bien j’espère ?
— Oui, très bien ! La médiathèque Cathédrale est également un lieu idéal pour exposer ses œuvres…Oh, pendant que j’y pense, - rire -, savez-vous la surprise que j’ai eue ce matin en ouvrant mon sac ?? Une souris grise m’a littéralement sauté au visage et s’est enfuie derrière les rayonnages ! Désolé, Brigitte, d’avoir emporter avec moi votre souris de bibliothèque ! A la Médiathèque Cathédrale, ils ont déjà un rat de bibliothèque…espérons que ces deux-là feront bon ménage !