Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?

Rien ! Rien, je vous jure, je n’ai rien à me reprocher !
Quand ils m’ont choisie pour ce boulot, parmi tant d’autres, j’étais fière, j’étais pleine de courage. J’étais motivée au maximum pour abattre une tonne de boulot.
Il faut dire qu’à l’époque, j’étais bien carrossée, j’étais pimpante et jeune. Je menais tout tambour battant car, vous savez, on comptait sur moi à la maison, et je tenais mon rôle du mieux que je pouvais ! Avec une famille de six personnes à la maison, il n’y avait pas de quoi chômer !
On m’en donnait des tâches…Mais je trouvais ça normal, après tout j’étais là pour ça et j’obéissais toujours au doigt et à l’œil.
Je lavais, je frottais, rinçais, essorais, tous les jours que Dieu fait ! Pas un seul jour de congé, toujours en service.
C’est que le linge d’une maisonnée pareille, il fallait s’en occuper. Pas le temps de rechigner au travail.
C’était pas tant Madame et Monsieur qui me donnaient du fil à retordre, mais plutôt leurs quatre sales gosses ! Aucun respect pour la propreté ces petits morveux ! Aucun respect pour le travail qu’ils m’imposaient.
Quand je voyais s’amonceler les montagnes de linge…Quand on ouvrait ma fenêtre et qu’on me balançait le tout, sans un mot, sans un sourire…Et bien moi, je vous assure, qu’il y a des jours, ça avait du mal à passer par le tuyau ! La moindre goutte d’eau, j’avais envie de la vidanger !
Vous allez dire que je cause mal…Mais pourtant c’est vrai que certains jours, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase !
Mais on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, et ça, je le savais bien, alors c’est pour ça que je m’accrochais à ce boulot, coûte que coûte, même si je devais en rendre l’âme …
Oh, de l’amour, du respect, je n’en demandais pas tant…Mais je voulais juste un peu plus de douceur dans leurs gestes.
J’en avais marre à la fin qu’on me claque la fenêtre au nez, sans aucun ménagement ! J’en avais marre qu’on me fiche des coups de pieds dans les flancs quand certains jours j’avais du mal à démarrer. On a le droit d’être fatigué parfois…Aucune reconnaissance de leur part. Jamais un mot gentil, jamais un sourire d’encouragement.
Boulot, boulot et boulot ! C’est tout ce qu’ils attendaient de moi. Ils m’avaient payée pour ça et ils en voulaient pour leur argent.
Et encore ne fallait-il pas que je gémisse, que je me plaigne… Sinon Madame se renfrognait, menaçant de se débarrasser de moi pour me remplacer par une plus jeune et plus efficace. Mais Madame ne se rendait pas compte qu’il n’existait pas de meilleur modèle que moi…
Merde alors, on n’est pas des esclaves !
C’est que moi, je commençais à vraiment fatiguer après toutes ces années de bons et loyaux services ! Ils n’étaient pas conscients qu’à ce rythme-là, un jour, j’allais péter une courroie…
Des ingrats, rien que des ingrats, ces gens-là. Pourtant je vous assure que j’étais docile…Je ne rechignais jamais devant les tâches qu’ils me donnaient.
Je rajoutais même de la douceur à leur vie, un programme que je tenais secret, tout ça pour leur être agréable. J’effaçais toutes les vilaines traces et taches en tous genres qui auraient pu nuire à leur réputation.
Ah, leur réputation, parlons-en ! Ils n’étaient pas très bien vus dans le quartier, moi je peux vous le dire…
Même que ce matin, j’ai entendu la voisine d’en face qui disait à celle d’à côté que mes employeurs « mélangeaient toujours les torchons et les serviettes et qu’ils n’étaient même pas capables de laver leur linge sale en famille ! Que leur vie était entachée de plein de vilaines choses et que ces taches-là, rien ne pourrait les faire disparaître…»
Un comble !!! Non mais ! Si c’est pas un comble d’entendre des choses pareilles pour une machine à laver le linge !! Moi qui rendais toujours un linge immaculé…
Du coup, j’ai tout vomi l’eau sale que j’avais dans le ventre. Tout vomi sur le carrelage de la buanderie.
Et demain, je serai hors-service, pour la première fois de ma vie !