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Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?

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Volutes d'absences


Photo de Georges Dudognon.

 

 

 

En ce froid petit matin d’automne, accoudé au zinc d’un petit bar-tabac aux relents de tabac froid et de vieille vinasse, il buvait un verre, juste un verre de vin blanc sec, histoire de se réchauffer le cœur, le cœur qu’il avait vide comme ses yeux, ses yeux emplis de brumes comme sa vie de brouillard.

Ensuite, il enchaînerait avec un alcool sec, de ces alcools qui vous brûlent l’intérieur et dont les flammes vous lèchent le cerveau en moins d’une seconde. Rien de tel pour vous faire avancer dans ce monde brutal.

Les habitués dévisageaient l’homme aux allures de gitan, cet inconnu, assis sur un tabouret de bar aussi bancal que sa vie.

Sa vie, c’était le néant profond : personne à aimer, personne pour l’aimer. Seul au monde.

Rien ne l’attachait, il ne s’attachait à rien, même pas à un toit pour s’abriter…pour abriter quoi ? Il n’avait rien et ne voulait surtout pas se mettre un fil à la patte.

Seul au monde il était, seul au monde il resterait, vivant l’instant présent, au gré de ses humeurs, sans peur du lendemain.

Il guettait l’onde de chance qui un jour passerait sans doute, mais s’il la ratait, il poursuivrait son chemin sans but et sans regrets.

C’était un zombie, un zombie de la vie.

Un jour ici, demain ailleurs. Rouler, toujours rouler, pour aller de ville en ville, comme pour fuir de vieux démons.

Tout ce qui le rattachait à la vie, se résumait à une vieille Mercedes grise, piquée un jour au bord d’un chemin, et à sa guitare dont il tirait quelques fados tristes, les lendemains de gueule de bois.

Sa Mercedes, rafistolée, maquillée, lui servait de gîte les nuits de grand froid et lui faisait découvrir du pays, pendant que sa guitare lui tenait compagnie sur le siège du passager.

Sur la carrosserie grise s’étalaient les ailes d’un grand oiseau noir, image de sa liberté.

C’était les deux seuls biens auxquels il tenait comme à la prunelle de ses yeux et dont il avait fait le serment de ne jamais se séparer. Les seuls biens qui le rattachaient à la vie. Enfin…si on peut appeler ça une vie, car elle n’avait rien de bien réel, sa vie…Elle était plutôt vide, et il la conduisait au radar, les lendemains effaçant les hier !

L’alcool aidant, il ne se souvenait jamais de ce qu’il avait fait la veille et n’avait aucun projet pour le lendemain.

Une lancinante migraine qui battait derrière l’œil, lui signifiait toujours qu’il avait encore trop bu la veille.

Les lendemains de beuverie, une violente lueur lui vrillait le regard qu’il avait hagard, et pour effacer la douleur, il buvait encore et encore.

De nature peu curieuse, il ne cherchait pas à savoir quelle pourrait être sa vie s’il changeait de chemin un jour. L’important était de ne pas entrer dans les rangs comme tous ces « bœufs » que la société de consommation forçait à avancer pour assouvir toujours plus de besoins. Cette vie-là, il la fuyait et il ne devait rien à personne. Il ne savait jamais ce qu’il ferait dans la minute qui suit.

Il savait juste qu’hier il était à Agen, et qu’aujourd’hui il était du côté de Bordeaux : il ne savait pas comment il était parti, ni comment il était arrivé, ni où il serait demain.

Il restait là, un verre d’alcool entre les mains, le regard perdu dans les fumées de la salle. Lorsque quelqu’un lui adressait la parole, il ne répondait pas, se contentant juste de hocher la tête.

Un vieux poste de télé envoyait le jingle du journal du matin.

Les images diffusées arrêtèrent son regard, un instant. Ho, juste un instant.

 

    Le ministre des transports vient d’arriver sur les lieux du terrible accident qui s’est produit à l’entrée de l’autoroute d’Agen en direction de Montauban, cette nuit vers deux heures du matin.

Le carambolage a fait 4 morts et 14 blessés dont trois grièvement.

    Un chauffard serait à l’origine du carambolage.

    Selon divers témoignages, une Mercedes grise d’un ancien

    modèle, aurait pris l’autoroute à contresens et à vive allure.

    La voiture semble avoir évité l’accident, en prenant la fuite. Un

    indice cependant permettrait de retrouver le chauffard :

    plusieurs témoins présents sur les lieux de l’accident affirment

    que sur le capot de la voiture serait peint un aigle noir.

    Un appel à témoins est lancé par la gendarmerie d’Agen.

    Ce matin, le conseil des ministres… 

 

L’homme détourna son regard vide qui se perdit de nouveau dans les volutes de fumées grises.

Il vida le fond de son verre et fit signe au barman de lui en remplir un nouveau.

Son regard se perdit loin, loin, dans son monde à lui… Très loin.

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~
Frissons...mais c'est un très beau texte Comme dis Quichottine, c'est bien dommage qu'il ne soit pas plus lu!
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N
<br /> Lu surtout avant les départs en vacances sur les routes encombrées...<br /> Merci d'être passée me lire Kri :-))<br /> <br /> <br />
Q
ça fait frissonner...Tu n'as pas de commentaire sur cette nouvelle, tu devrais la re-publier pour que tes visiteurs actuels puissent la découvrir.Elle est "grave" mais digne d'être lue.
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