Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?
Léa avait juste un quart d’heure devant elle.
Elle laissa tomber son peignoir sur le sol.
Avant d’enjamber le bord de la baignoire, elle tâta l’eau du bout du pied.
Jugeant l’eau à la bonne température, elle entra dans son bain, se laissant immerger sensuellement. Elle soupira d’aise. Elle ferma les yeux quelques instants, et pensa à la soirée qu’elle allait passer avec Marc. Il fallait qu’elle soit plus belle que jamais pour ce premier rendez-vous ! Et il ne lui restait plus beaucoup de temps pour se préparer, si elle voulait être à l’heure.
Elle se frictionna au gant de crin, se savonna énergiquement et sortit de la baignoire. Elle s’enduisit la peau de crème onctueuse.
Lorsqu’elle passa furtivement devant le miroir qui lui faisait face, celui-ci se fendit, mais, trop pressée, Léa ne s’en aperçut même pas et sortit de la pièce pour revêtir sa robe de soirée.
Le miroir ne se lassait jamais de la noyer dans son reflet, mais ce soir encore, elle le délaissait pour les yeux d’un autre, qui lui diraient qu’elle était la plus belle…
C’était à lui, le beau miroir, qu’il revenait d’affirmer à Léa, lorsqu’elle le scrutait pendant des heures :
— Mais oui, Léa, tu es la plus belle, je te jure que tu es la plus belle !
Il lui avait répété cette phrase depuis tant d’années, et maintenant, c’était un autre qu’elle écoutait en souriant…
Dans sa vie de miroir, ce miroir-là avait reflété bien des femmes, certaines plus jolies que Léa…mais Léa avait en elle ce petit quelque chose qu’il ne pouvait plus refléter depuis quelque temps…et de peur de ne pas lui renvoyer une image fidèle, ce soir, il craqua, faisant apparaître sa fêlure. Une bien vilaine fêlure comme celle qui apparaît sur les cœurs brisés…
Le robinet d’eau chaude à qui il contait son infortune, se mit à rire.
— Mais c’est parce que tu es amoureux, bien sûr ! » Expliqua-t-il.
Le robinet se souvint de Sophie, cette fille pour qui il avait versé tant de larmes.
Lui aussi avait aimé à en crever !
Il avait tant pleuré qu’il avait fallu faire intervenir le plombier pour éviter l’inondation !
— Et c’est moi qui avais épongé toute l’eau de ta tristesse ! gémit le peignoir resté lamentablement au sol.