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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 16:19

 


Théâtre:


Avant-scène :

         L'HOMME, costume-cravate, derrière le rideau. Une voix excédée
 – Putain de machine ! Bouton rouge ? Bouton vert ? Merde, ma monnaie…Merde, merde, merde !


SCENE I

(Une laverie automatique en fond de scène. 6 machines à laver avec hublot. Une dizaine de chaises en plastique blanc alignée le long des murs. Une table en plastique blanc avec quelques magazines.
Côté jardin, deux femmes tricotent en bavardant. La soixantaine avancée. Style vestimentaire : «  les Vamps ».
Elles lèvent la tête quand le personnage jure et murmurent quelque chose en riant sous cape.
Côté cour entre une imposante africaine en pagne et boubou chatoyant, poussant la porte d'un grand coup de fesses. Bébé braillard accroché au dos.  Elle adresse à la compagnie un sonore bonjour.
Elle lâche sur le sol quatre grands cabas en plastique à rayures qui s'avachissent sous le poids du linge qui déborde. Elle déplace de l'air tant elle dépense d'énergie et s'approprie une machine libre qu'elle commence à charger. Elle jette un coup d'œil à l'homme qui peste.)

L'AFRICAINE. – Vous avez perdu quelque chose ? Ah non… vous savez pas comment ça marche. C'est normal ! Y'a qu' les femmes qui savent ces trucs là ! Les bonshommes, ils ont pas l'intelligence pour ça, la !
Poussez-vous présentement; je vais vous montrer. C'est vot'dame qui devrait être là à votre place. C'est pas un endroit pour les hommes, vous savez pas faire.
Comme on dit chez nous à Douala, l'homme, il travaille pour rapporter à manger à sa famille et la femme, elle s'occupe de tout le reste parce que la femme, elle a de l'intelligence pour tout le reste…
Et l'homme, il a une autre intelligence mais qui sert uniquement à rapporter à manger. Comme on dit chez nous, faut pas mélanger les torchons et les serviettes !
Vous voyez, eh ben moi, quand je suis arrivée de Douala, je savais pas grand-chose…J'avais juste un peu appris à compter à l'école de la rue et j'ai pas les diplômes que vous avez tous en France. Eh bien malgré ça, j'ai su tout de suite me servir de ces machines là ! Et pourtant, des machines à laver, y en n'a pas dans ma brousse à moi !
Comme quoi faut pas avoir des diplômes plein la tête pour comprendre les choses les plus simples de la vie de tous les jours !
 
(Elle parle en faisant de grands gestes. L'autre s'impatiente et bout intérieurement. Poings sur les hanches, la matronne continue de plus belle et le tutoie à présent avec un fort accent africain)

Tiens: prends Sarkozy par exemple. L'homme supposé être le plus intelligent de tous les Français puisqu'il est le président de tous les Français, hé ben, tu le mets là devant ces machines…hé ben c'est sûr qu'il est incapable de savoir comment ça marche. Et d'ailleurs, Sarkozy, on le voit jamais dans les lavomatics ! (Rire tonitruant)

L’enfant, toujours accroché au dos, et secoué par les gestes brusques de sa mère, hurle pour descendre.

Mamadou, arrête de crier !
…Alors que, tu vois, regarde, c'est simple ! Il suffit  de fermer le hublot là, de mettre les pièces dans la fente là, d'appuyer sur ce bouton et sur l'autre… et hop, c'est parti ! Ton linge tourne et il sera propre dans une heure. L'eau aura emporté toute la saleté avec elle.
Tu sais ce qu'on dit chez nous, à Douala ? Et ben  quand on lave son linge dans le grand fleuve, on dit que l'eau emporte la saleté mais aussi toutes les petites misères de la vie en même temps.
Oh Mamadou, arrête de crier ou je te mets dans la machine avec le linge !   (Rire tonitruant)    
            

L'HOMME, inquiet, se retournant vers les tricoteuses. – Han, faut une heure, tant que çà ?!!

LES TRICOTEUSES :   – Ben oui, faut au moins une heure ! Vous croyez qu'on s'amuse à attendre, nous ? Vous ne venez pas souvent ici, vous ! C'est votre première fois ?

L'HOMME : - Heu oui, bien obligé !

 TRICOTEUSE N°1 :   – Zut ! J'ai lâché une maille avec tout çà !

(Le téléphone  portable  de l'homme sonne)

L'HOMME : – Allô…évidemment que je suis encore au bureau !… Non ça va, j'suis pas énervé. Ça baigne ! J’te rappelle…

L'AFRICAINE. – Mais qu'est-ce que tu racontes-là, dis-donc ? Toi, t’es encore au bureau ?!!

L'HOMME excédé :   – Madame, je vous en prie.

L'AFRICAINE :   – C'que j'en dis hein ?…Encore un beau menteur ! Tsssss

L’Africaine a pris son enfant dans les bras

TRICOTEUSE N°1 (devant l’enfant qui s’est endormi).
– Il a quel âge votre petit ?

TRICOTEUSE N°2 : - Oh qu’il est mimi…

(Arrive une lolita, genre apprentie coiffeuse, mini-jupe/blonde décolorée, juchée sur des talons-aiguilles. Elle ne salue personne)

LES TRICOTEUSES, en appuyant. – BON-JOUR Mademoiselle !

LA LOLITA  ne leur adresse pas un regard:   – B'jour.

(Tous la regardent pendant qu'elle charge ses dentelles)

L'AFRICAINE, en alerte.- Eh, Arrête ! Faut pas mélanger le blanc avec les couleurs, la !

L'HOMME :   –  Vous avez de l'humour, vous !

LA LOLITA :   –  Ça  va, j'ai déjà ma mère sur le dos ! Alors vous, mêlez-vous de vos affaires !

L’AFRICAINE (vexée) -  Oh, mais ma p’tite, moi je disais ça comme ça, pour rendre service ! Moi, je m’en fiche après tout si tes petits strings tout blancs, ils ressortent de la machine roses bonbons !

 TRICOTEUSE N°1 :   –  Ah et puis ça prévient pas, ce genre de truc-là, et t’as l’air bête ! Moi, mon mari, il a une de ces collections de caleçons roses !!! Faut dire que de nos jours, on fait tout à la va-vite, et on fait des bêtises ! C’est vrai ce qu’elle dit la dame : faut pas mélanger le blanc et les couleurs !

(Regard noir de la jeunette qui hausse les épaules et se plonge dans son livre de poche.)

 TRICOTEUSE N°2 :    –  Eh ben, m’en parle pas ! On vit dans un monde de fous ! A force de courir après le temps, on va se retrouver plus tôt dans la tombe ! C’est pourquoi, j’ai décidé de ralentir le rythme et de me mettre au tricot !

( Soupir .  Elles continuent toutes deux à tricoter, une maille à l’endroit, une maille à l’envers… L’Africaine berce son bébé. L’homme pianote sur son portable, l’air énervé) Bruit des machines à laver.

                      

SCENE 2


(Les tricoteuses tricotent, une maille à l’endroit, une maille à l’envers…L’africaine trie du linge pendant que son bébé dort allongé sur deux chaises, la lolita lit. Le portable de l’homme se remet à sonner)

L’HOMME :   – Oui, je suis toujours au bureau ! Non, je l’ai pas vu ! Non, j’ne sais pas où il est passé !
Mais…te mets pas dans des états pareils, c’est qu’un chien après tout !…et puis ce serait pas une grande perte ! Hein ?…et ben c’est ça, tu l’as dit : j’ai jamais pu le piffer ce cabot de malheur ! Oui, c’est ça, t’as raison ! Je te signale au passage qu’elle m’a mordu 3 fois, ta saucisse sur pattes et qu’elle a bouffé les sièges en cuir de ma voiture…à part ça, je l’adore ton sale clebs ! Oui, ben ce sont les plus petits qui sont les plus mauvais : t’as qu’à le laisser à demeure dans ton sac à main, tu le perdras plus ! C’est ça…continue ! Bon, je te répète que j’en sais rien ! …eh ben si sa laisse aussi a disparu, c’est qu’il l’a emportée pour aller se promener ! Mais non, j’me fous pas de toi, mais là, tu me déranges pour des peccadilles ; j’ai autre chose à faire de plus important que de m’apitoyer sur le sort de ton clebs ! Allez, je te laisse car ma réunion va commencer. Oui, c’est ça, j’ai pas d’coeur !

(Tout le monde louche sur l’homme qui se remet à pianoter sur son portable. Regards ironiques. L’homme se lève et sort dans la rue.)

 TRICOTEUSE N°1 :   – Ralala, moi je comprendrai jamais ça, qu’on étale sa vie privée devant tout le monde ! Ils causent au téléphone ces gens-là, comme si y’ avait personne autour d’eux pour les entendre ! Pffff ! Pourraient laver leur linge sale en famille ! Ça devait être sa pauvre femme… Leur chien a disparu et il a l’air de s’en foutre éperdument. Pas un mot gentil pour la consoler ! Quel mufle !

 (Un temps d’arrêt- l’air suspicieux- elle se penche et baisse la voix)

- Il a pas l’air net, ce type-là, pour mentir de la sorte ! Comme qui dirait, il a quelque chose à se reprocher !

L’AFRICAINE (fronçant les sourcils) :   – Il a surtout l’air d ‘avoir fait une grosse bêtise, la ! Il cache quelque chose et il est pas à l’aise !

TRICOTEUSE N°2 :   – Et s’il avait fait disparaître le chien ? Il y a des gens comme ça, que les animaux encombrent ! Lui, il n’a vraiment pas l’air d’aimer cette pauvre bête-là…

L’AFRICAINE (elle rit) :   – Ça a l’air réciproque ! Faut dire que s’il se fait mordre à tout bout de champ et qu’il n’a plus de sièges de voiture…

TRICOTEUSE N°1 :   – Chut, il revient !

(Tout le monde se replonge dans ses occupations comme si de rien n’était.. L’homme rentre de nouveau. Il parle au téléphone.)

L’HOMME :   -  Oui, ben j’ai fait comme t’as dit, mais j’suis dans la mouise quand même ! Me suis jamais servi d’une machine à laver pour faire ce genre de truc, moi !

(Tout le monde relève la tête, cachant sa surprise, feignant de ne pas suivre la conversation. Les tricoteuses se parlent à l’oreille avec des mines consternées. L’homme continue sa conversation téléphonique comme s’il était tout seul.)

 Bernadette vient de me téléphoner ! Elle pique une crise de nerfs car le chien a disparu. T’imagine ce que j’ai pris dans les esgourdes !
 Elle va être d’une humeur massacrante ce soir et la p’tite qui va pas arrêter de pleurer, ça va l’énerver encore plus ! J’ai intérêt à être rentré avant elle, comme si de rien n’était et tout remettre en place ! Ben là, je tente le truc dans un lavomatic du côté de Belleville… et  faut que j’attende au moins une heure que l’opération soit terminée ! Oui…Faut espérer qu’il rétrécisse pas ! A mon avis après le passage à l’essorage, il est mort…
  Ben y a du monde là…je ne peux pas entrer dans les détails… je t’expliquerai plus tard ! Euh…gaffe pas : je suis sensé être au bureau !

(Il jette un regard autour de lui. Personne ne semble s’intéresser à ses problèmes. L’africaine chantonne en regardant le plafond, ça tricote, ça lit. Il fonce vers sa machine à laver, regarde par le hublot. Soupire, se gratte la tête, regarde sa montre. Va pour sortir de nouveau, jette encore un coup d’œil au hublot, sort sur le trottoir.)

 TRICOTEUSE N°2 (Mine apeurée) :   – M’a l’air bien nerveux, cet homme-là ! De quoi il parle quand il dit qu’après l’essorage, il est mort ?...

LA LOLITA (qui a levé le nez de son bouquin et qui regarde le hublot de la machine depuis un petit moment, affalée sur sa chaise) :

 – Ben de son chien Mamy, voyons, qui est en train de crever dans la machine à tambour !

TRICOTEUSE N°1 (qui se lève de son siège comme si une aiguille l’avait piquée:  – Noooooon, c’est pas possible !!! Quelle horreur !!
Elle se prend la tête entre les mains

TRICOTEUSE N°2 L’air courroucé, l’œil mauvais :   - Vous la jeunesse, le problème avec vous c’est que vous sortez toujours des énormités pour vous rendre intéressants, tout ça pour faire de l’humour ! C’est gratuit et limite irrespectueux ! Vous nous prenez pur des débiles ou quoi ?! Janine rassis-toi ; la gamine elle raconte n’importe quoi !

L’AFRICAINE (Elle s’est levée faisant face à Tricoteuse N°2 et elle roule des yeux énormes. Elle gesticule) -  Non, non, la gamine, elle dit peut-être juste, la ! Il a parlé de chien disparu, de mort après l’essorage ; il dit qu’il est au bureau… il parlait à un complice, là ! Moi je dis qu’il a fait disparaître son chien en le noyant dans la machine à laver !

LA LOTITA  (Elle fixe toujours le hublot de la machine à laver et déclare d’un ton calme, les bras croisés sur la poitrine, un petit sourire aux lèvres) : - Tiens regardez bien ! Je viens de voir passer une tête de chien derrière le hublot ! Regardez ! J’avais pas raison, hein ! (Regard narquois du côté de Tricoteuse N°2)

D’un même mouvement, elles font toutes mine de s’approcher de la machine

L’AFRICAINE (Les arrête dans leur élan. Elle prend l’air important de celle qui va diriger l’opération)
- Attention, faut qu’on est l’air de rien, faut pas attirer l’attention du type, la,  il est sûrement dangereux ! Faut pas qu’il sache qu’on a découvert le pot aux roses, sinon…


(Les deux tricoteuses filent se rassoir comme si de rien. L’Africaine
s’approche de la machine à laver d’un air dégagé, se baisse discrètement vers le hublot.)

- Elle a raison, la p’tite-là ! Je viens de voir passer la tête d’un chien, au milieu du linge ! Il est tout petit et il a pas l’air bien ! Pas l’air bien du tout, même !

TRICOTEUSE N°1 : – Oh non, dites-moi que c’est pas vrai ! Il aurait pas fait ça… ! C’est monstrueux !

TRICOTEUSE N°2 : – Ça serait pas étonnant, faut s’attendre à tout : on vit dans un monde de dingues, j’vous dis ! On a là, un serial killer de chiens !…car il n’en est pas à son premier, c’est sûr ! Sûr que c’est à un complice qu’il parlait au téléphone ! On voit ça tous les jours dans les faits divers ! On en a un spécimen sous les yeux ! Après les chiens, il va s’en prendre aux humains : on sait comment ça commence, mais on sait pas comment ça finit ! S’il sait qu’on est au courant, il pourrait vouloir nous faire prendre le même chemin pour nous réduire au silence !

LA LOLITA  ironique : Oui mais en même temps il va avoir du mal à vous fourguer entières dans la machine à laver ! Va peut-être falloir qu’il vous découpe en morceaux avant !

Tricoteuse N°2 excédée, se précipite sur la Lolita le bras levé. L’Africaine tente de l’en empêcher.

- Arrêtons la palabre, la ! Réfléchissons au plan que nous allons adopter pour confondre ce criminel !

TRICOTEUSE N°1 : – Mais faut faire quelque chose ! Vous croyez qu’il est mort ??

LA LOLITA (levant les yeux au ciel) : – Non, non, il va redemander un ticket pour refaire un tour de manège !

TRICOTEUSE N°2 : – Espèce d’insolente ! Vous pourriez avoir pitié au moins, et trouver une solution pour sortir ce pauvre chien de là !

L’AFRICAINE : –  De toutes les manières, on ne peut pas arrêter la machine présentement tant qu’elle n’a pas terminé son cycle. Va falloir attendre jusqu’au bout, et le type, il va être bien embêté quand il va falloir qu’il récupère son linge devant nous…

TRICOTEUSE N°1 : – Ah, quelle horreur ! C’est insupportable d’assister à ça ! Regarder sans rien faire cette pauvre bête en train de crever… Dans quel état, elle va sortir de là,  cette bête-là ? !

LA LOLITA (narquoise) : – Morte et… un peu secouée !

TRICOTEUSE N°2 : – Oh, ça suffit, vous, avec vos réflexions stupides ! Vous avez une pierre à la place du cœur ou quoi ? Voilà où ça mène les jeunes, les films d’horreur qui les abrutissent à longueur de journée ! …font plus la différence entre la fiction et la réalité ! On est témoin d’un crime, ma p’tite, en ce moment même,  un vrai ! Et on a l’assassin à portée de main ! Il va quand même pas s’en sortir comme ça ; ça serait trop facile ! Faut appeler la police !

TRICOTEUSE N°1 : – Et la SPA ! Oooooh, je ne peux plus supporter de voir ça devant mes yeux…je viens de le voir repasser devant le hublot ! Ooooh faites quelque chose ou je vais me trouver mal.

Tricoteuse N°1 se tord les mains de désespoir.

LA LOLITA (à l’africaine qui réfléchit) : - Ça monte à quelle température, ces machines-là ? Il a mis sur 60° ou 40° ? Vous trouvez pas que ça commence à sentir le chien grillé ?

(Œil noir des tricoteuses)

TRICOTEUSE N°2 : – Et bien sûr aucune de nous a un portable pour appeler la police ?? On va quand même pas lui emprunter le sien…Le mieux c’est d’aller chercher les policiers qui font la circulation au rond-point. J’y vais, et je reviens avec eux ! En attendant, gardez l’œil sur lui en faisant comme si vous ne vous doutiez de rien ! N’oubliez pas, il est dangereux ! Ne restez pas collées au hublot.

(S’adressant à l’africaine) : - Vous croyez qu’il reste combien de temps avant l’arrêt du cycle ?

L’AFRICAINE : – Encore dix minutes environ : on attaque l’essorage !

TRICOTEUSE N°1 : – Aaaaaaaaaah, l’essorage ! Mon Dieu !

LA LOLITA : – Là, il va plus s’agir d’un film au ralenti !

TRICOTEUSE N°1 (Ton geignard) : - Germaine, fais attention à toi et reviens vite !

SCENE 3


(La tricoteuse n°2 sort et croise l’homme qui entre. Silence de mort. Tout le monde détourne le regard…)

L’HOMME (impatient) : – C’est interminable, le cycle d’une machine ! On en est qu’à l’essorage ?! C’est que je suis pressé, moi !

L’AFRICAINE (histoire de rompre le silence) : - Et… vous avez une femme et des enfants qui vous attendent peut-être ?…

L’HOMME (amène) : - Oui, une famille comme tout le monde ! Une petite fille de deux ans, adorable, une femme et un chien ! Enfin, un chien…à priori, depuis aujourd’hui, on n’a plus de chien !

(Tricoteuse N°1 met une main devant sa bouche pour retenir un cri)

L’AFRICAINE : – Ah bon, plus de chien…c’est triste, ça !

L’HOMME : – Oh, m’en parlez pas…si on ne le retrouve pas, ma femme va en faire une maladie ! Il a disparu on ne sait où…une porte ouverte et pffff, il a dû se sauver ! Cela dit, c’est pas une grosse perte ! Comme on dit, on n’avait pas d’atomes crochus entre nous ; c’est comme avec les gens, tiens ! C’est vrai quoi, il y a des gens qu’on supporte et d’autres qu’on voudrait bien voir disparaître de la surface de la terre !

TRICOTEUSE N°1 (timidement) : – Oui, les gens…mais les chiens, c’est si innocents…si gentils, si fidèles…

LA LOLITA  (provocatrice, haussant la voix) : -  Si gentils qu’on s’en débarrasse allègrement en les fourguant avec son linge sale dans une machine à laver !

(La tricoteuse laisse échapper un cri d’épouvante. Regard appuyé de l’africaine pour faire taire l’écervelée)

L’AFRICAINE : – Mais tu es folle, ma p’tite, tu dis n’importe quoi, là ! Présentement, il ne s’agit pas de ça !

LA LOLITA (qui insiste d’un air narquois en direction de tricoteuse n°1) : -  Si, si, on voit ça tous les jours : moi, qui regarde des films d’horreur toute la sainte journée, je peux vous dire que ça existe !

L’HOMME : – Ben c’est facile, finalement de se débarrasser de son chien…Tiens à propos…il en est où, mon chien à moi ???

 (Stupéfaction alentour. Il va vers la machine et se penche vers le hublot.)
??

-Après l’essorage, vous pensez que je peux le faire sécher au plus vite

 (Dit-il en se tournant vers l’africaine, blanche comme un linge ! )

(Tricoteuse n°1 est prête de défaillir, la lolita n’en mène plus large.)

(Au même moment, entre tricoteuse n°2, escortée de deux policiers, lesquels se dirigent illico vers la machine à laver que leur indique d’un doigt tremblant la tricoteuse. Observant attentivement le hublot quelques minutes, ils se tournent vers l’homme.)

LES POLICIERS (en même temps) : - Monsieur, vous êtes en état d’arrestation !

L’HOMME (ébahi) : – Pardon ? Mais… que me reproche-t-on ? Je n’ai rien fait de répréhensible ! Il doit y avoir une erreur !

LES TRICOTEUSES, L’AFRICAINE, LA LOLITA (se jettent sur lui comme des harpies en hurlant) :

 - Vous êtes un assassin, un monstre, et ça, on l’a vu tout de suite à votre mine ! Vous avez voulu vous débarrasser de votre chien d’une façon ignoble, en le noyant dans cette machine à laver ! Vous méritez de mourir à votre tour : la peine de mort, c’est pas fait pour les chiens ! Vous allez payer pour ça ! Si c’est pas odieux de faire une chose pareille ! Espèce de criminel !

(Elles le bourrent de coups de poings, déversant leur haine à tout va)

LES POLICIERS : - Allons, mesdames, on se calme ! Laissez faire les forces de l’ordre !

(Les policiers menottent l’homme qui crie son innocence, traitant les femmes de folles. Les policiers fracturent la porte de la machine dont le hublot s’ouvre en grand. Ils en retirent du linge, encore du linge et …un chien… en peluche !
Visages effarés de l’assistance. Sous le coup de la surprise, les bouches en restent béantes)

L’HOMME (furieux) : - Vous voyez que vous êtes folles à lier ! Mais qu’est-ce que vous êtes allées imaginer, là ?! On accuse pas les gens sans preuves ! C’est n’importe quoi !

(Puis se tournant vers les policiers, il tente de s’expliquer)

- C’est le chien en peluche de ma petite fille que j’ai voulu laver ! Un ami a renversé son café dessus, alors qu’il traînait sur la table de la cuisine. Je me suis empressé de le laver afin que ma fille ne s’en aperçoive pas, car elle ne s’en sépare jamais…à tel point qu’elle ne veut même pas qu’on lui enlève pour le laver de temps en temps ! Alors pour éviter un drame, et la colère de ma femme, pendant que mon copain faisait faire un tour de manège à ma fille, histoire d’éviter qu’elle s’aperçoive de l’absence de son “nanain” comme elle l’appelle,  j’ai profité pour laver sa peluche ici avec le reste du linge de la semaine ! Vous parlez d’une histoire !

LA TRICOTEUSE N°1 (encore soupçonneuse) : - Et ce chien qu’a disparu en emportant sa laisse et que vous détestez, hein, il est où ?

L’HOMME : - Vous écoutez les conversations des gens comme ça ?…et après, vous vous montez des films ! Vous en déduisez n’importe quoi, c’est grave !
Panache, lui, s’est échappé par une porte restée ouverte, mais un voisin l’a retrouvé et l’a ramené à la maison. Ma femme l’a récupéré. Elle vient de m’en avertir par téléphone !

LA LOLITA (furieuse, s’adressant aux tricoteuses) : ben moi, si je regarde des films d’horreur, vous, vous les inventez ! C’est pas mieux ! On a l’air malin…tout ça pour se faire mousser !

LES POLICIERS : - Mesdames, vous avez dérangé les forces de l’ordre pour rien ! Vous avez beaucoup de chance que Monsieur ne porte pas plainte. Dorénavant, assurez-vous de la véracité de vos accusations ! Que cela ne se reproduise plus ! Lavez votre linge sans salir la réputation d’autrui ! En un mot, occupez-vous de vos affaires ! Pour cette fois, l’affaire est close !

(Après de plates excuses, chacune ramasse son linge, sans rien dire. Les visages sont fermés. La honte a terni même le linge qui sort des machines. Seul le linge de l’homme est sans taches. L’homme sort sans saluer, la peluche à la main.)

L’AFRICAINE (secouant la tête pensive) : - Tss tss , même le léopard ne se promène pas sans taches, comme on dit chez nous, à Douala !

 (Mamadou crie, réveillé de sa sieste)

L’AFRICAINE : - Mamadou, arrête de crier !


                                                     RIDEAU.


Image empruntée ici



 

 

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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
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  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

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