Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 01:05


 

Rien ! Rien, je vous jure, je n’ai rien à me reprocher !

Quand ils m’ont choisie pour ce boulot, parmi tant d’autres, j’étais fière, j’étais pleine de courage. J’étais motivée au maximum pour abattre une tonne de boulot.

Il faut dire qu’à l’époque, j’étais bien carrossée, j’étais pimpante et jeune. Je menais tout tambour battant car, vous savez, on comptait sur moi à la maison, et je tenais mon rôle du mieux que je pouvais ! Avec une famille de six personnes à la maison, il n’y avait pas de quoi chômer !

On m’en donnait des tâches…Mais je trouvais ça normal, après tout j’étais là pour ça et j’obéissais toujours au doigt et à l’œil.

Je lavais, je frottais, rinçais, essorais, tous les jours que Dieu fait ! Pas un seul jour de congé, toujours en service.

C’est que le linge d’une maisonnée pareille, il fallait s’en occuper. Pas le temps de rechigner au travail.

C’était pas tant Madame et Monsieur qui me donnaient du fil à retordre, mais plutôt leurs quatre sales gosses ! Aucun respect pour la propreté ces petits morveux ! Aucun respect pour le travail qu’ils m’imposaient.

Quand je voyais s’amonceler les montagnes de linge…Quand on ouvrait ma fenêtre et qu’on me balançait le tout, sans un mot, sans un sourire…Et bien moi, je vous assure, qu’il y a des jours, ça avait du mal à passer par le tuyau ! La moindre goutte d’eau, j’avais envie de la vidanger !

Vous allez dire que je cause mal…Mais pourtant c’est vrai que certains jours, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase !

Mais on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, et ça, je le savais bien, alors c’est pour ça que je m’accrochais à ce boulot, coûte que coûte, même si je devais en rendre l’âme …

Oh, de l’amour, du respect, je n’en demandais pas tant…Mais je voulais juste un peu plus de douceur dans leurs gestes.

J’en avais marre à la fin qu’on me claque la fenêtre au nez, sans aucun ménagement ! J’en avais marre qu’on me fiche des coups de pieds dans les flancs quand certains jours j’avais du mal à démarrer. On a le droit d’être fatigué parfois…Aucune reconnaissance de leur part. Jamais un mot gentil, jamais un sourire d’encouragement.

Boulot, boulot et boulot ! C’est tout ce qu’ils attendaient de moi. Ils m’avaient payée pour ça et ils en voulaient pour leur argent.

Et  encore ne fallait-il pas que je gémisse, que je me plaigne… Sinon Madame se renfrognait, menaçant de se débarrasser de moi pour me remplacer par une plus jeune et plus efficace. Mais Madame ne se rendait pas compte qu’il n’existait pas de meilleur modèle que moi…

Merde alors, on n’est pas des esclaves !

C’est que moi, je commençais à vraiment fatiguer après toutes ces années de bons et loyaux services ! Ils n’étaient pas conscients qu’à ce rythme-là, un jour, j’allais péter une courroie…

Des ingrats, rien que des ingrats, ces gens-là. Pourtant je vous assure que j’étais docile…Je ne rechignais jamais devant les tâches qu’ils me donnaient.

Je rajoutais même de la douceur à leur vie, un programme que je tenais secret, tout ça pour leur être agréable. J’effaçais toutes les vilaines traces et taches en tous genres qui auraient pu nuire à leur réputation.

Ah,  leur réputation, parlons-en ! Ils n’étaient pas très bien vus dans le quartier, moi je peux vous le dire…

Même que ce matin, j’ai entendu la voisine d’en face qui disait à celle d’à côté que mes employeurs « mélangeaient toujours les torchons et les serviettes et qu’ils n’étaient même pas capables de laver leur linge sale en famille !  Que leur vie était entachée de plein de vilaines choses et que ces taches-là, rien ne pourrait les faire disparaître…»

Un comble !!! Non mais ! Si c’est pas un comble d’entendre des choses pareilles pour une machine à laver le linge !! Moi qui rendais toujours un linge immaculé…

Du coup, j’ai tout vomi l’eau sale que j’avais dans le ventre. Tout vomi sur le carrelage de la buanderie.

Et demain, je serai hors-service, pour la première fois de ma vie !

Repost 0
28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 02:57

Photo de Georges Dudognon.

 

 

 

En ce froid petit matin d’automne, accoudé au zinc d’un petit bar-tabac aux relents de tabac froid et de vieille vinasse, il buvait un verre, juste un verre de vin blanc sec, histoire de se réchauffer le cœur, le cœur qu’il avait vide comme ses yeux, ses yeux emplis de brumes comme sa vie de brouillard.

Ensuite, il enchaînerait avec un alcool sec, de ces alcools qui vous brûlent l’intérieur et dont les flammes vous lèchent le cerveau en moins d’une seconde. Rien de tel pour vous faire avancer dans ce monde brutal.

Les habitués dévisageaient l’homme aux allures de gitan, cet inconnu, assis sur un tabouret de bar aussi bancal que sa vie.

Sa vie, c’était le néant profond : personne à aimer, personne pour l’aimer. Seul au monde.

Rien ne l’attachait, il ne s’attachait à rien, même pas à un toit pour s’abriter…pour abriter quoi ? Il n’avait rien et ne voulait surtout pas se mettre un fil à la patte.

Seul au monde il était, seul au monde il resterait, vivant l’instant présent, au gré de ses humeurs, sans peur du lendemain.

Il guettait l’onde de chance qui un jour passerait sans doute, mais s’il la ratait, il poursuivrait son chemin sans but et sans regrets.

C’était un zombie, un zombie de la vie.

Un jour ici, demain ailleurs. Rouler, toujours rouler, pour aller de ville en ville, comme pour fuir de vieux démons.

Tout ce qui le rattachait à la vie, se résumait à une vieille Mercedes grise, piquée un jour au bord d’un chemin, et à sa guitare dont il tirait quelques fados tristes, les lendemains de gueule de bois.

Sa Mercedes, rafistolée, maquillée, lui servait de gîte les nuits de grand froid et lui faisait découvrir du pays, pendant que sa guitare lui tenait compagnie sur le siège du passager.

Sur la carrosserie grise s’étalaient les ailes d’un grand oiseau noir, image de sa liberté.

C’était les deux seuls biens auxquels il tenait comme à la prunelle de ses yeux et dont il avait fait le serment de ne jamais se séparer. Les seuls biens qui le rattachaient à la vie. Enfin…si on peut appeler ça une vie, car elle n’avait rien de bien réel, sa vie…Elle était plutôt vide, et il la conduisait au radar, les lendemains effaçant les hier !

L’alcool aidant, il ne se souvenait jamais de ce qu’il avait fait la veille et n’avait aucun projet pour le lendemain.

Une lancinante migraine qui battait derrière l’œil, lui signifiait toujours qu’il avait encore trop bu la veille.

Les lendemains de beuverie, une violente lueur lui vrillait le regard qu’il avait hagard, et pour effacer la douleur, il buvait encore et encore.

De nature peu curieuse, il ne cherchait pas à savoir quelle pourrait être sa vie s’il changeait de chemin un jour. L’important était de ne pas entrer dans les rangs comme tous ces « bœufs » que la société de consommation forçait à avancer pour assouvir toujours plus de besoins. Cette vie-là, il la fuyait et il ne devait rien à personne. Il ne savait jamais ce qu’il ferait dans la minute qui suit.

Il savait juste qu’hier il était à Agen, et qu’aujourd’hui il était du côté de Bordeaux : il ne savait pas comment il était parti, ni comment il était arrivé, ni où il serait demain.

Il restait là, un verre d’alcool entre les mains, le regard perdu dans les fumées de la salle. Lorsque quelqu’un lui adressait la parole, il ne répondait pas, se contentant juste de hocher la tête.

Un vieux poste de télé envoyait le jingle du journal du matin.

Les images diffusées arrêtèrent son regard, un instant. Ho, juste un instant.

 

    Le ministre des transports vient d’arriver sur les lieux du terrible accident qui s’est produit à l’entrée de l’autoroute d’Agen en direction de Montauban, cette nuit vers deux heures du matin.

Le carambolage a fait 4 morts et 14 blessés dont trois grièvement.

    Un chauffard serait à l’origine du carambolage.

    Selon divers témoignages, une Mercedes grise d’un ancien

    modèle, aurait pris l’autoroute à contresens et à vive allure.

    La voiture semble avoir évité l’accident, en prenant la fuite. Un

    indice cependant permettrait de retrouver le chauffard :

    plusieurs témoins présents sur les lieux de l’accident affirment

    que sur le capot de la voiture serait peint un aigle noir.

    Un appel à témoins est lancé par la gendarmerie d’Agen.

    Ce matin, le conseil des ministres… 

 

L’homme détourna son regard vide qui se perdit de nouveau dans les volutes de fumées grises.

Il vida le fond de son verre et fit signe au barman de lui en remplir un nouveau.

Son regard se perdit loin, loin, dans son monde à lui… Très loin.

Repost 0
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 18:14

 

 

    T’es pas en forme toi, aujourd’hui ?! 

 

    Moi ? Euh…pourquoi dis-tu ça ?

 

    Ben, parce que je te trouve pâle ; tu ne brilles pas comme d’habitude !

 

    Oui évidemment…à côté de toi et des autres…On dit que pour une étoile, briller c’est exister, mais j’existe toujours moi, même si je ne brille plus autant ! 

 

    Oui, tu existes ! Je n’ai jamais affirmé le contraire, mais ton feu semble éteint, comme si tu avais perdu ton âme, comme si tu n’avais plus de but dans le ciel de ta vie… 

 

    Plus de but, plus de surprise, c’est vrai ! Je ne brille plus car, si tu veux savoir, je ne suis plus inaccessible, voilà ! 

 

    Inaccessible ?

 

    Hé oui, je ne suis plus une étoile inaccessible comme vous autres !

Quelqu’un m’a trouvée et m’a choisie pour assouvir son rêve. Un terrien a réussi à m’attraper : «Il a rejoint son étoile inaccessible » comme ils disent en-bas, et son étoile inaccessible, il a décrété que ce serait moi !

Il est heureux, lui, pour l’instant, mais moi, du coup, j’ai perdu mon aura, mon mystère. J’ai donc perdu ma brillance. Je ne brille plus de mille feux car le désir, une fois assouvi s’éteint… 

Lui, le terrien, il va essuyer les mêmes déconvenues : bientôt, je ne l’intéresserai plus !

Il va courir vers d’autres désirs, vers d’autres mondes à découvrir, à la recherche de désirs de plus en plus inaccessibles. Pour assouvir tous ses fantasmes, il va finir par briser tous ses rêves. Il ne sait pas encore qu’à essayer de combler tous ses désirs, bientôt il n’en aura plus car les fantasmes, une fois satisfaits, ne s’appellent plus des fantasmes ; ils deviennent de simples plaisirs banals. Mais en attendant, moi je n’ai plus qu’à me convertir en étoile filante…Au moins, on me verra briller dans le ciel par intermittence ! C’est mieux que de ne pas briller du tout en restant statique ! Et puis là, avant qu’un terrien veuille encore assouvir un fantasme, le temps qu’il me rattrape, j’aurai filé très loin !

 

    C’est bien aussi, d’être une étoile filante…Au moins, personne d’autre ne pourra t’attraper, c’est vrai ! Après ce que tu m’as raconté, je me demande si je ne devrais pas devenir une étoile filante tout de suite, moi ? Peut-on être une étoile brillante et filante, en même temps ?

 

    Rien ne l’empêche, en effet ! Pour le coup, tu serais vraiment inaccessible, oui ! Mais, tu sais, filer toute sa vie, ça doit être épuisant… J’hésite encore… Et puis, vu que l’homme recherche toujours l’inaccessible, et arrive toujours à ses fins, tu te feras prendre un jour ! Mieux vaut sans doute ne pas trop se faire remarquer.

 

    Filer toute sa vie, certes, ce doit être épuisant, mais moi, je veux briller toujours dans les yeux des hommes et rester l’objet de tous leurs désirs ! Faire rêver tout en restant inaccessible, voilà le but que je veux me fixer, car tu ne crois pas qu’il serait temps que les hommes d’en–bas comprennent enfin que les petits bonheurs simples suffisent à combler une vie ?! Ils veulent toujours plus et finalement, ils n’arrivent pas à être heureux. Je m’en vais leur montrer que pour être heureux, il faut garder ses fantasmes et ne faire que rêver à l’inaccessible, et non pas chercher à l’atteindre ! Une vie sans rêves, ce n’est pas une vie !

    Allez,  sur ces bons mots, je file !

Repost 0
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 16:36

Femme à sa toilette Caillebotte

 

 

 

 

Léa avait juste un quart d’heure devant elle.

Elle laissa tomber son peignoir sur le sol.

Avant d’enjamber le bord de la baignoire, elle tâta l’eau du bout du pied.

Jugeant l’eau à la bonne température, elle entra dans son bain, se laissant immerger sensuellement. Elle soupira d’aise. Elle ferma les yeux quelques instants, et pensa à la soirée qu’elle allait passer avec Marc. Il fallait qu’elle soit plus belle que jamais pour ce premier rendez-vous ! Et il ne lui restait plus beaucoup de temps pour se préparer, si elle voulait être à l’heure.

Elle se frictionna au gant de crin, se savonna énergiquement et sortit de la baignoire. Elle s’enduisit la peau de crème onctueuse.

Lorsqu’elle passa furtivement devant le miroir qui lui faisait face, celui-ci se fendit, mais, trop pressée, Léa ne s’en aperçut même pas et sortit de la pièce pour revêtir sa robe de soirée.

Le miroir ne se lassait jamais de la noyer dans son reflet, mais ce soir encore, elle le délaissait pour les yeux d’un autre, qui lui diraient qu’elle était la plus belle…

C’était à lui, le beau miroir, qu’il revenait d’affirmer à Léa, lorsqu’elle le scrutait pendant des heures :

    Mais oui, Léa, tu es la plus belle, je te jure que tu es la plus belle ! 

Il lui avait répété cette phrase depuis tant d’années, et maintenant, c’était un autre qu’elle écoutait en souriant…

Dans sa vie de miroir, ce miroir-là avait reflété bien des femmes, certaines plus jolies que Léa…mais Léa avait en elle ce petit quelque chose qu’il ne pouvait plus refléter depuis quelque temps…et de peur de ne pas lui renvoyer une image fidèle, ce soir, il craqua, faisant apparaître sa fêlure. Une bien vilaine fêlure comme celle qui apparaît sur les cœurs brisés…

Le robinet d’eau chaude à qui il contait son infortune, se mit à rire.

       — Mais c’est parce que tu es amoureux, bien sûr ! » Expliqua-t-il.

Le robinet se souvint de Sophie, cette fille pour qui il avait versé tant de larmes.

Lui aussi avait aimé à en crever !

Il avait tant pleuré qu’il avait fallu faire intervenir le plombier pour éviter l’inondation !

    Et c’est moi qui avais épongé toute l’eau de ta tristesse !  gémit le peignoir resté lamentablement au sol.

Repost 0

Présentation

  • : La caverne des mots
  • La caverne des mots
  • : Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?
  • Contact

A Livre Ouvert Ou... Fermé

  • Nickyza
  • Je suis…
 
 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
  • Je suis… Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.

 
  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

Bienvenue !


Retour à la page d'accueil


Pour ne rien rater des parutions de mes articles, inscrivez-vous à ma newsletter (dans la colonne de droite ! ) ainsi vous serez tenus informés dès publication !





Au Grenier Encore Des Livres

Mes textes sont protégés

 

 

    5JWU185-1-Logo-Copyright-France.gif

 

 

 

 

Mon recueil de nouvelles :

" Petites histoires et autres fariboles en terres de Champagne "

 à commander ici 

 

 

        Pub Fariboles1

Pages

Et les minutes défilent

Quelques citations...


"Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit." (M. Duras)

 

"Ecrire, c’est une façon de parler sans être interrompu." (Jules Renard)

"Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle." (Proverbe africain)


 "Ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir." (Jean Mermoz)

"Comment se tue en nous l’amour ? Trois degrés : souffrance, indignation, puis indifférence. La souffrance use l’amour, l’indignation le brise, et on arrive à l’indifférence finale." (Sainte-Beuve)
 

 "Créer c’est vivre deux fois." (Albert Camus)

 "On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.

Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme." (Douglas MacArthur)


"La vie ressemble à un conte ; ce qui importe ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur." (Sénèque)


"La vie est finie quand tu ne surprends plus personne." (Coluche)

"L’indifférence est une paralysie de l’âme." (Anton Tchekhov)








Paperblog

Texte Libre