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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 18:01

 


Il y a comme des petits bruits qui résonnent en moi,

Des petits bruits qui s’entrechoquent dans ma tête,

Des flûtes, des cloches et des notes qui s’accrochent

Des petits bruits qui se bousculent dans mon cœur

Comme des petites mélodies qui vont et qui viennent,

Des petites chansons de rien, ho, de rien du tout,

Des petits airs qui jouent avec les mots qui disent tout,

Qui volent et se souviennent, et ding-ding partout.

Des petits bruits en moi et tout autour de moi

Qui font la vie légère en petits pas de danse…

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 13:30

Ce texte a été écrit pour le cinquième défi lancé par  les parchemins de Bigorphéa link
dont le sujet est: "Vous êtes un animal...Racontez-nous une journée ou un moment, drôle ou pas, en vers ou en prose..."

J'aime bien les défis, alors pour participer, voilà ce que j'ai imaginé...
Une histoire vraie...en quelque sorte...


Brutus à l'heure de la sieste!


Ils m’ont appelé Brutus…quel nom bizarre pour un chat…Inutile de vous dire que toute la communauté des chats du quartier se fichaient de moi avec un nom pareil, lorsque croyant voir arriver un énorme molosse, ils découvraient une petite boule de poils noirs !

Mes maîtres ne juraient que par moi : j’étais un prince à la maison, beau et intelligent, et on me passait tout grâce à mon charme ! Faut dire que je les faisais rire ; ils disaient de moi que j’étais un clown et que je faisais des trucs que les autres chats ne font pas. Entre autres, je me couchais dans tout ce qui pouvait me contenir : la corbeille à pain, les saladiers, les pots de fleurs, les lavabos, les sacs à main…et lorsque mes maîtres me retrouvaient lové dans ces endroits insolites, ils riaient pendant une demi-heure. Bon, si ça pouvait les amuser…  

Ils m’aimaient tellement qu’ils m’emmenaient même en weekend dans leur maison secondaire au bord de la mer. C’est eux qui m’ont donné le goût des voyages, la première fois qu’ils m’ont emmené en voiture… La voiture j’ai trouvé ça génial ! J’étais encore un chaton et j’ai adoré ça ! Être transporté à des kilomètres de chez soi, en un rien de temps et voir défiler les paysages par la fenêtre, ça m’a donné des envies de découvrir autre chose que le périmètre de leur petit jardin.

La voiture était donc devenue une de mes lubies ! Mais ça, ça faisait moins rire mes maîtres car dès qu’ils prenaient la leur, je me précipitais dans l’espoir qu’ils m’emmènent avec eux et profitant d’une porte ouverte, je sautais dans l’habitacle et m’installais sur la lunette arrière, bien avant qu’ils ne s’en aperçoivent ! Ils ont souvent été obligés de faire demi-tour pour me ramener à la maison, suivant les endroits où ils allaient. Je faisais ça avec toutes les voitures, à tel point que ma maîtresse, paniquée à l’idée de me perdre, recommandait toujours « de bien regarder si on n’embarquait pas le chat » Même qu’un jour, profitant de l’ouverture des portes d’un gros camion qui venait livrer un meuble à ma maîtresse, et pendant qu’on ne faisait pas attention à moi, j’ai sauté dans le camion, ni vu ni connu ! Malheureusement, le chauffeur s’en est aperçu au bas de la rue…le voyage fut court ! Il m’a ramené à la maison en disant à ma maîtresse qu’un peu plus, il m’embarquait jusqu’à Marseille ! Ma maîtresse a secoué tristement la tête en disant qu’un jour elle me perdrait pour de bon car j’étais un fugueur… Je n’étais pas un fugueur, j’étais juste voyageur !

Marseille…ça m’a fait rêver…Le gros matou bien vieux du voisin de gauche m’a raconté Marseille ; il y a vécu quand il était jeune. Paraît que c’est LA ville de tous les départs…avec son port immense dont les bateaux vous conduisent dans tous les pays de la Méditerranée… Je décidais donc de monter à la première occasion dans n’importe quelle voiture qui se présenterait avec une porte ouverte, me faisant tout petit afin de n’être pas repéré et voir mon voyage tourner court, et de croiser les papattes en priant pour que l’on me conduise à Marseille.

C’est ainsi qu’un jour j’ai grimpé dans la voiture du « mauvais coucheur », le voisin de droite que ma maîtresse n’aimait pas. Ma maîtresse répétait toujours « qu’un homme qui n’aimait pas les bêtes, n’était pas un homme bon et qu’il fallait s’en méfier ! »

C’est vrai que ce voisin-là ne m’aimait pas du tout. Alors que je venais gentiment quémander quelques caresses, lui me chassait à coups de balai et allait se plaindre à mes maîtres…Pff, comme si mes maîtres pouvaient me tenir en laisse… Il faisait fuir aussi les oiseaux qu’il jugeait sales et bruyants.

Une fois grimpé dans sa voiture, je me suis tapi sur le sol, derrière le siège du conducteur, caché entre deux sacs de voyage et je me suis endormi en rêvant à ma destination surprise ; si ce n’était pas Marseille, je m’en moquais finalement ; n’importe quelle autre destination ferait l’affaire pourvu que je découvre d’autres horizons. La voiture filait à vive allure, berçant mes rêves, quand je fus réveillé par une envie soudaine de faire pipi. Pas question de faire sur le tapis, j’étais un chat propre et bien élevé. Je me suis donc mis à miauler malgré moi, manifestant mon impatience. Inutile de vous décrire la surprise des occupants de la voiture : en découvrant ma présence, le voisin-mauvais-coucheur s’est mis en colère. Il a crié que ce sale chat lui pourrissait la vie, même sur le chemin des vacances et que par conséquent, il me débarquerait sur la prochaine aire d’autoroute! Sa femme non plus n’était pas contente mais, un peu plus charitable, elle lui a répondu que cela ne se faisait pas d’abandonner un animal quel qu’il soit sur l’autoroute, qu’il n’avait pas de cœur et que ça ne servait à rien qu’il continue à aller à la messe le Dimanche après un acte aussi infâme.

Mais le voisin-mauvais-coucheur ne l’a pas écoutée et il s’est débarrassé de moi à quelques kilomètres d’Avignon. Il m’a pris par la peau du cou en disant qu’au moins là, je ne viendrai plus l’emm……. car je n’étais pas prêt de retrouver mon chemin et qu’au moins c’était une aubaine car il se débarrassait de moi à tout jamais, et que c’était mieux que de me faire avaler des boulettes de cyanure qu’il s’apprêtait à me lancer à la prochaine intrusion dans son jardin.

Je me suis dit que finalement je l’avais échappé belle car j’étais destiné à une mort certaine avec un type pareil et j’ai regardé la voiture s’éloigner. Cet homme-là était vraiment mauvais et si j’avais écouté ma maîtresse, j’aurais été un peu moins naïf, et j’aurais choisi une autre voiture pour m’emmener en voyage…

Que c’est laid une aire d’autoroute et que c’est terrifiant… Je suis resté là plusieurs jours, rasant l’herbe alentour, paniqué par le bruit des bolides qui nuit et jour vrombissaient. J’étais paralysé de peur et ne trouvais rien à manger, ni aucun endroit où m’abriter de la pluie qui tombait nuit et jour. Mon sixième sens me poussait à ne pas bouger et me soufflait que je risquais tous les dangers.

Pourtant un jour, attiré par un camion dont la porte était restée ouverte, je me suis approché timidement, les pattes tremblantes.

C’est un routier sympa qui m’a recueilli mort de terreur et affamé. Il m’a embarqué dans son gros camion et m’a offert en cadeau à sa petite fille qui a hurlé sa joie. Depuis, elle ne me lâche plus et je me soumets à ses jeux ridicules et souvent cruels. Elle me déguise comme une poupée, me tire les moustaches, bref, je vis un calvaire mais j’ai chaud et je suis convenablement nourri.

Je vis des jours tristes, privé de toute liberté, entre les quatre murs d’un minuscule appartement, quelque part près de Nîmes. Et chaque jour, je regrette mon escapade. Je me languis de mes maîtres précédents et maintenant que j’ai pris un peu de plomb dans la tête, je m’aperçois que j’étais le plus heureux des chats auparavant, et que le petit jardin mis à ma disposition jadis me semble un luxe maintenant que je suis relégué entre une commode et la télé. J’ai bien pensé sauter du balcon, mais je ne suis pas certain que du 4ème étage un chat retombe sur ses pattes… Et puis je suis trop vieux pour risquer à nouveau l’aventure…je suis devenu trop peureux aussi, alors je me suis fait une raison : je voyage dans mes rêves maintenant, en dormant toute la journée, quand la petite me laisse un peu de répit pendant ses heures d’école, et dans mon sommeil, je rends visite à mes anciens maîtres. Ils me manquent tant et ils doivent être si tristes de ne pas savoir ce que je suis devenu…Ha, si je pouvais revenir en arrière…

Voilà ce que j’ai expliqué à la petite chatte grise du balcon d’à côté qui rêve d’évasion. Je lui ai tout raconté de ma sale expérience et je l’ai mise en garde… « On sait ce que l'on perd on ne sait pas ce que l'on gagne... » C’est ce que disent les humains… Si j’avais su…

 


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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 02:21


Mon cœur en lambeaux
retient les sanglots
qui m'étouffent

qui m'étouffent...
Une part de moi-même s'envole dans l'avion
qui emmène, qui me vole
la chair de ma chair,
un petit bout de mon cœur...
Une part de moi-même
vole au bout du monde...
au bout... du bout du monde...
où ces noms enchanteurs
aux couleurs de lagons
ne calment pas mon cœur,
n'effacent pas la distance,
ni réduisent le temps
de cette terrible absence...
Un bout de mon cœur s'est collé
à celui de l'enfant voyageur
en partance pour le bonheur,
vers d'autres horizons,
si lointains, si lointains...
Si loin des bras d'une mère
qui retient ses larmes
pour ne point ternir là-bas,
l'horizon sur les beaux lagons
du bout du...bout du monde...
Et j'ai le cœur qui saigne
de cette déchirure,
de ces séparations
qui toujours resteront
un cruel arrachement...
J'ai le cœur qui étouffe...
j'ai le cœur qui souffre
de ce grand vide, là,
qui me fait sombrer
dans un torrent de larmes...
J'ai le cœur qui étouffe...
J'ai le cœur déchiré...

et les lagons sont si bleus...
là-bas, à Nouméa...
             
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 01:05


 

Rien ! Rien, je vous jure, je n’ai rien à me reprocher !

Quand ils m’ont choisie pour ce boulot, parmi tant d’autres, j’étais fière, j’étais pleine de courage. J’étais motivée au maximum pour abattre une tonne de boulot.

Il faut dire qu’à l’époque, j’étais bien carrossée, j’étais pimpante et jeune. Je menais tout tambour battant car, vous savez, on comptait sur moi à la maison, et je tenais mon rôle du mieux que je pouvais ! Avec une famille de six personnes à la maison, il n’y avait pas de quoi chômer !

On m’en donnait des tâches…Mais je trouvais ça normal, après tout j’étais là pour ça et j’obéissais toujours au doigt et à l’œil.

Je lavais, je frottais, rinçais, essorais, tous les jours que Dieu fait ! Pas un seul jour de congé, toujours en service.

C’est que le linge d’une maisonnée pareille, il fallait s’en occuper. Pas le temps de rechigner au travail.

C’était pas tant Madame et Monsieur qui me donnaient du fil à retordre, mais plutôt leurs quatre sales gosses ! Aucun respect pour la propreté ces petits morveux ! Aucun respect pour le travail qu’ils m’imposaient.

Quand je voyais s’amonceler les montagnes de linge…Quand on ouvrait ma fenêtre et qu’on me balançait le tout, sans un mot, sans un sourire…Et bien moi, je vous assure, qu’il y a des jours, ça avait du mal à passer par le tuyau ! La moindre goutte d’eau, j’avais envie de la vidanger !

Vous allez dire que je cause mal…Mais pourtant c’est vrai que certains jours, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase !

Mais on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, et ça, je le savais bien, alors c’est pour ça que je m’accrochais à ce boulot, coûte que coûte, même si je devais en rendre l’âme …

Oh, de l’amour, du respect, je n’en demandais pas tant…Mais je voulais juste un peu plus de douceur dans leurs gestes.

J’en avais marre à la fin qu’on me claque la fenêtre au nez, sans aucun ménagement ! J’en avais marre qu’on me fiche des coups de pieds dans les flancs quand certains jours j’avais du mal à démarrer. On a le droit d’être fatigué parfois…Aucune reconnaissance de leur part. Jamais un mot gentil, jamais un sourire d’encouragement.

Boulot, boulot et boulot ! C’est tout ce qu’ils attendaient de moi. Ils m’avaient payée pour ça et ils en voulaient pour leur argent.

Et  encore ne fallait-il pas que je gémisse, que je me plaigne… Sinon Madame se renfrognait, menaçant de se débarrasser de moi pour me remplacer par une plus jeune et plus efficace. Mais Madame ne se rendait pas compte qu’il n’existait pas de meilleur modèle que moi…

Merde alors, on n’est pas des esclaves !

C’est que moi, je commençais à vraiment fatiguer après toutes ces années de bons et loyaux services ! Ils n’étaient pas conscients qu’à ce rythme-là, un jour, j’allais péter une courroie…

Des ingrats, rien que des ingrats, ces gens-là. Pourtant je vous assure que j’étais docile…Je ne rechignais jamais devant les tâches qu’ils me donnaient.

Je rajoutais même de la douceur à leur vie, un programme que je tenais secret, tout ça pour leur être agréable. J’effaçais toutes les vilaines traces et taches en tous genres qui auraient pu nuire à leur réputation.

Ah,  leur réputation, parlons-en ! Ils n’étaient pas très bien vus dans le quartier, moi je peux vous le dire…

Même que ce matin, j’ai entendu la voisine d’en face qui disait à celle d’à côté que mes employeurs « mélangeaient toujours les torchons et les serviettes et qu’ils n’étaient même pas capables de laver leur linge sale en famille !  Que leur vie était entachée de plein de vilaines choses et que ces taches-là, rien ne pourrait les faire disparaître…»

Un comble !!! Non mais ! Si c’est pas un comble d’entendre des choses pareilles pour une machine à laver le linge !! Moi qui rendais toujours un linge immaculé…

Du coup, j’ai tout vomi l’eau sale que j’avais dans le ventre. Tout vomi sur le carrelage de la buanderie.

Et demain, je serai hors-service, pour la première fois de ma vie !

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 02:21


Photo prise à Ouvéa en Nouvelle Calédonie, lors de mon voyage en 2005

CALME !

Rassurée, je dors

Comme un bateau dans le port

Abri de ton corps...

 

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Published by Nickyza - dans Haïkus
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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 01:08

(Auto-portrait Eugène Pujol)


La rose s'impose

Eclaboussant de couleurs

La blancheur de la toile

 

Le peintre, comme un voile

Ternit l'or qu'il dépose

L’artiste triste pleure ...

 

Il ne peindra plus de fleurs,

Ni de ciel, ni de mer

Son cœur brisé et amer

Ne supporte plus les couleurs...

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 00:14


Chaque matin, quand il ouvrait les volets, son regard se portait là-bas, au fond de l’air.

Son regard balayait les vignes endormies qui s’étalaient plus bas, jusqu’au lit de la Marne.

Les feuilles du tilleul frissonnaient. Le vent coulait ses vents coulis.

Les premiers rayons de soleil illuminaient la ville d’Epernay, nichée dans les bras de la rivière, lovée dans le berceau que formaient les collines de leurs ventres ronds.

Les vignes, partout alentour, montaient à l’assaut de la moindre parcelle de terre.

Le clocher, qui lançait sa flèche dans les hauteurs du ciel, comptait les heures qui s’installaient au point du jour. Il détourna son regard et ferma la fenêtre. Il faisait tôt, il faisait frais, en ce matin de fin de printemps. Il avala son café chaud, debout derrière la baie vitrée, l’œil vague, laissant son esprit doucement s’éveiller.

Une longue journée de labeur s’ouvrait devant lui : il n’avait plus une minute à perdre à partir de ce moment ! Il se secoua. Il rinça sa tasse sous le robinet d’eau froide, puis dévala l’escalier, agrippa la poignée de sa sacoche qui traînait dans l’entrée et claqua la porte derrière lui. L’air frais qui le surprit, le réveilla tout à fait. A grandes enjambées pressées, il descendit la Rue des Rocherets, déboucha sur la Place Carnot bordée de grands arbres que baignait le Cubry.

Rue du Professeur Langevin, certains commerçants s’affairaient déjà. Ils avaient levé le rideau de leur petite boutique et s’appliquaient à faire briller la devanture, à balayer le trottoir, en attendant les premiers clients .Quelques balayeurs municipaux nettoyaient les abords de la Rue Saint-Thibault.

    Salut, Adrien ! Tu peux me mettre le dernier « Modiano » de côté, pour ma mère, c’est bientôt son anniversaire ! Lui cria Gérard depuis le seuil de sa boucherie.

    Pas de problème, Gérard ! Je te prépare même un paquet-cadeau ! Répondit-il en lui adressant un signe amical.

« Il », s’appelait Adrien. Là, dans la petite rue piétonne, il n’était plus anonyme. Il était Adrien, le libraire du quartier.

Adrien salua d’autres gens sur son passage, échangea des phrases courtes et pressées, tout en continuant à marcher d’un bon pas. Il apercevait déjà l’enseigne de sa boutique, coincée entre une briocherie et une cordonnerie.

Adrien aimait sa librairie qui était toute sa vie et rien que sa vie ! Il ne vivait que pour sa boutique et les livres qui l’entouraient. Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour d’autres centres d’intérêt, si bien qu’il était toujours célibataire, à quarante ans passés.

 Pourtant, il était plutôt bel homme et les présences féminines ne manquaient pas autour de lui.

 La petite brune d’en face, qui tenait la boutique de prêt à porter « Mode », affichait pourtant une attirance évidente pour lui, lui décochant des sourires aguicheurs, l’invitant à boire des cafés…pour le sortir de ce qu’elle croyait être la solitude.

Pourtant Adrien ne se sentait jamais seul. La présence des milliers de livres qui l’entouraient presque jour et nuit lui suffisait amplement. Il était nourri de mots et vivre dans ces mondes imaginaires le comblait !

S’investir dans une relation amoureuse, l’aurait privé de temps, le temps qu’il consacrait aux livres.

Adrien arriva devant sa librairie. Il était fier de cette petite boutique à laquelle il avait conservé tout son côté rétro. Il avait résisté à la mode des rénovations froides et impersonnelles des librairies modernes, où le côté pratique et la rentabilité primaient avant tout. La librairie d’Adrien avait une âme. Il y fleurait bon le vieux papier et la cire d’abeille qui faisait briller le parquet et les meubles anciens. Les livres y trouvaient refuge sur d’ancestrales étagères de bois qui escaladaient les murs jusqu’au plafond. Ils s’entassaient, dans un joyeux désordre, sur de vieux comptoirs de métier, d’anciennes tables au charme désuet, disposés ça et là. Un joyeux désordre, mais un désordre savamment étudié par le propriétaire des lieux qui savait toujours retrouver le livre convoité. Il régnait dans la petite librairie, une atmosphère paisible, proche du recueillement …

Les amoureux de livres aimaient à flâner entre les rayons, se perdre dans les recoins, butiner d’un livre à l’autre, jusqu’à découvrir le coup de cœur qu’ils emportaient jalousement pour mieux le dévorer des yeux, le soir au coin du feu.

Ils appréciaient les conseils d’Adrien qui leur faisait partager ses passions.

Ils aimaient échanger leurs impressions avec le libraire, en qui ils vouaient une confiance immense, car Adrien était un vrai libraire, de ceux qui se font de plus en plus rares de nos jours…Il faisait partie de ceux qui ne remplaceraient jamais la mémoire de l’écrit par ces espèces de machines informatiques qui font le travail à leur place

Non, non, Adrien ne considérerait jamais le livre comme un produit ordinaire !

 Il lui était inconcevable de traiter les livres comme on les maltraitait dans certaines grandes surfaces, où relégués entre un baril de lessive et le papier toilette, on les vendait comme l’on vendait une vulgaire boîte de petits pois !

Non, Adrien avait trop de respect pour les mots, ceux qui embellissaient sa vie au quotidien ! Les livres avaient tous une âme, et il les faisait vivre avec amour et passion.

Comme chaque matin, avant de lever le rideau de fer, Adrien s’arrêta devant la vitrine  pour y jeter un rapide coup d’œil. Il vérifiait  l’impeccable disposition des livres alignés sur les présentoirs. Il ne s’agissait pas de présenter une vitrine peu soignée.

    La vitrine d’un magasin est le miroir de ce qui se trouve à l’intérieur ! Répétait-il inlassablement à ses deux vendeuses.

Il traquait donc le livre corné, le livre tombé, le présentoir laissé vide, l’araignée qui aurait tissé sa toile au milieu des mots, la tablette poussiéreuse…

Il soupira. Il allait falloir remettre un peu d’ordre car plusieurs livres étaient tombés de leurs présentoirs.

Adrien se mit à sourire…Les livres avaient encore fait la java cette nuit !

Il aimait à imaginer que la nuit, les livres se mettaient à vivre, en cachette, quand la librairie avait fermé ses portes ; qu’ils dansaient, se déplaçaient d’un coin à un autre, changeaient de place, échangeaient des mots…bref, les livres s’animaient la nuit quand personne ne les voyait !

En observant la vitrine d’un air malicieux, Adrien nota que d’Ormesson enlaçait encore la belle Irène Frain, Bernard-Henri Lévy tirait la couverture à lui, laissant Le Clézio sans mots. Sollers enjambait Marguerite Duras, Yves Berger s’étalait de tout son long sur l’Amérique de Michener, Amélie Nothomb vomissait l’araignée qui avait tenté de s’immiscer dans ses pages, Troyat et Nourissier présentaient leurs pages cornées, Labro, Coelho, Kundera, Kadaré s’entassaient les uns sur les autres, le livre de cuisine de Ginette Mathiot marchait sur les plates-bandes de Michel Lis le jardinier…

Quel méli-mélo dans la petite vitrine ! Les livres inertes s’étaient animés cette nuit, plus que jamais ! Surpris par le jour, ils n’avaient pas eu le loisir de regagner leur place attitrée. C’est ce que pensait Adrien, amusé.

Adrien s’empêcha de divaguer plus longtemps dans son monde imaginaire. C’est qu’il s’en racontait des histoires, Adrien. Il aurait rêvé les écrire, toutes les histoires qu’il inventait.

Mais il n’avait pas le temps, ce temps qui lui filait trop vite entre les doigts, ce temps qu’il aurait tant aimé arrêter pour un temps…

Ecrire… Ecrire était un don, un art, comme la peinture ou la musique.

On le recevait à la naissance, déposé par quelque bonne fée. On ne pouvait se décréter écrivain du jour au lendemain.

Cela, Adrien l’avait compris très vite, rien qu’en lisant à mi-voix les œuvres de ses auteurs fétiches ! Adrien était désespéré de découvrir tant de perfection au fil des pages.

Il restait persuadé que jamais il ne parviendrait à égaler ces grands écrivains dans l’art de faire chanter les mots.

Et pourtant, il avait tant de choses à raconter, tant d’histoires à faire partager, histoires qui attendaient, là, dans un coin de sa tête.

Ecrire était chez Adrien plus qu’une simple envie, c’était un besoin, devenu vital au fil des années qui passaient. Un besoin inassouvi qu’il mettait sur le compte du manque de temps, et qui le laissait frustré…

Alors, il se contentait de prendre des notes sur le petit carnet qui ne le quittait jamais, pour le jour où il se lancerait dans l’entreprise d’un roman !

Le jour où il ne serait plus libraire, le jour où il aurait suffisamment de temps devant lui pour se consacrer à son œuvre, le jour où, suffisamment nourri des mots des autres, il aurait acquis l’art de manier le verbe, le jour où …il serait vieux et à la retraite !

Le jour où il serait capable, enfin, de remplir une page entière avec talent.

Ce qui le désespérait, Adrien, c’est que les rares fois où il s’était trouvé devant la page blanche, il avait été incapable d’écrire, de trouver le mot juste, le mot beau.

Il n’avait pas su laisser couler les mots ; ses mots sonnaient faux !

Mû par le besoin irrésistible de coucher des mots sur le papier, il avait été atteint du fameux malaise de la page blanche, et quand après des heures, il avait enfin réussi à remplir une feuille entière, il s’était relu et avait trouvé ça très mauvais. La feuille de papier avait terminé dans la corbeille, déchirée en mille morceaux.

Depuis, il était terriblement frustré et malheureux.

Adrien entra dans la petite librairie. Il était à peine huit heures du matin. Le magasin ouvrait ses portes à la clientèle, à neuf heures précises, mais Adrien aimait arriver une heure plus tôt.

Cela lui laissait du temps pour préparer sa journée et passer quelques commandes, déballer quelques cartons de nouveautés qui prendraient aussitôt place sur quelques coins de tables.

Dès l’arrivée de ses clients, Adrien pouvait ainsi se consacrer entièrement à eux, aidé de ses deux vendeuses.

La journée filerait à une allure folle…Réception de colis de livres, déballage,     commandes, classement des livres nouvellement arrivés, accueil des clients et des représentants des maisons d’édition, Adrien, une fois de plus, ne verrait pas la journée passer, ni l’heure de fermeture arriver !

A dix-neuf heures, il fermerait les portes de la librairie. Il resterait une heure ou deux après la fermeture pour terminer quelque travail urgent laissé en plan.

Après avoir raccompagné ses derniers clients et fermé les portes derrière eux, Adrien déposa une pile de livres sur sa table de travail. Il s’appliqua à remplir les fiches de stock de chacun, de sa plus belle écriture. Il ouvrait chaque livre, en lisait quelques lignes pour en connaître le contenu. Parfois, il se laissait emporter par le charme des mots et s’attardait plus que de raison, entraîné par la magie qui s’opérait. Il lisait, lisait, comme ensorcelé…

    Ha, comme je voudrais savoir écrire comme ces merveilleux écrivains Comme je   voudrais connaître cette fabuleuse folie qui vous jette corps et âme  dans cette  rivière         des mots à jamais intarissable…Mais comment font-ils, ceux-là, pour écrire ces mots superbes, pour laisser libre cours à l’inspiration ? Cela paraît si simple d’écrire ! Les Giono, Balzac, Chateaubriand, Maupassant, Zola, Hugo…si vous m’entendez de là-haut, dites-moi comment faire !

Quel était votre secret pour arriver à une telle maîtrise du mot ? Le mot simple qui    renfermait toute la subtilité des choses, le mot qui coulait juste et beau pour former un tout, un tout avec tous les autres mots qui s’associaient pour créer, à l’unisson, une œuvre parfaite…

Mon Dieu, vous aussi, si vous m’entendez, vous tous réunis, aidez-moi ! Donnez-moi la clé pour ouvrir la porte du monde des mots. Faites-moi un signe de là-haut, ou je mourrai de ne point écrire !  Oui, j’en mourrai, c’est sûr ! Gémit-il en se prenant la tête entre les mains, dans une ultime supplique. Adrien se surprit à parler à haute voix. Il replongea dans les pages du livre qu’il était en train de découvrir. Il était comme hypnotisé par le pouvoir des mots. Il ne voyait même pas le temps qui filait, il ne ressentait pas la fatigue qui le gagnait peu à peu.

Pourtant le sommeil commençait à s’emparer de lui, ses paupières devenaient lourdes.

Il  ne s’aperçut même pas qu’il s’était affaissé sur sa table de travail, les bras repliés                        autour du livre qu’il était en train de lire, la tête lourdement posée sur les pages ouvertes…Le rêve qui le prit, l’emporta au pays des mots. Un pays où les mots s’envolaient hors des livres. Des livres qui n’étaient autres que les maisons du pays des mots. Les habitants de ce pays logeaient donc dans des livres, dont ils produisaient les mots. Ils inventaient des mots aussi naturellement que s’ils respiraient. Nouvel arrivant dans ce pays étrange, Adrien passa tout de suite pour un original. Il était incapable de produire des mots. Soudain, comme sortie d’un épais brouillard, il perçut du lointain une voix qui l’appelait.

    Adrien ?… Adrien ?…ADRIEN ! Fit une voix féminine.

La voix était douce, mais elle commençait à se faire insistante.

Adrien ne répondit pas. La voix appela de nouveau Adrien. La voix se fit plus   proche, plus claire, plus présente.

Adrien tressaillit. Il sentit comme une présence auprès de lui. Un doux parfum de          muguet chatouilla ses narines. Il sentit une main qui secouait doucement son épaule. Il tenta d’ouvrir les paupières, mais elles étaient bien trop lourdes. Il était en plein rêve et n’avait nulle envie d’en sortir. La main secoua plus fort son épaule.

    ADRIEN, vous m’entendez ? Réveillez-vous ! S’impatienta la voix.

Adrien souleva péniblement une paupière. Il aperçut une jeune femme penchée sur   lui. Elle était jeune et très belle, toute vêtue de noir de la tête aux pieds. Sa robe longue en soie changeante découvrait de fines épaules. Sa chevelure sombre était tirée en un chignon strict. Son regard gris transperça Adrien. Elle sourit.

    Enfin, vous voilà réveillé, Adrien ! Vous avez le sommeil lourd !

    Heu…quelle heure est-il ? Que faites-vous là ? Réussit à articuler Adrien, d’une   voix pâteuse.

    Il est un peu plus de minuit et je remettais un peu d’ordre ici ! Dites-moi, il s’en   passe ici de drôles de choses quand vous dormez ! Saviez-vous que les livres menaient une joyeuse sarabande ?! » Fit-elle en riant.

    Oui, oui…je m’en doute, mais que faites-vous dans ma librairie à cette heure  tardive ? La boutique est fermée depuis belle lurette ! Vous seriez-vous laissée enfermée par inadvertance ? Je vais vous reconduire ! 

    Non, Adrien ! Je suis là parce que vous m’avez appelée ! 

    Moi, je vous ai appelée ? Mais je n’ai appelé personne, je travaillais tranquillement quand je me suis endormi. D’ailleurs, il se fait très tard, il faut que je rentre chez moi. Tout d’abord, qui êtes-vous ?!

    Emily Brontë ! 


Pour connaître la suite...lisez l'article juste en-dessous !  A tout de suite!! :-)

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 15:56

 



 

 

    Emily Brontë ? Mais bien sûr, et moi je suis Victor Hugo ! Je n’ai pas vraiment envie de plaisanter à cette heure-ci, voyez-vous…Je suis fatigué et je rentrerais volontiers me coucher ! 

    Je suis Emily Brontë ! C’est bien moi qui ai écrit : « Les Hauts de Hurlevent » !

Vous êtes libraire, vous connaissez ?! A moins que je ne sois tombée dans l’oubli le plus total…Cela fait plus d’un siècle que j’ai disparu de la circulation !

Si je me souviens bien, j’ai été emportée par la tuberculose dans les années 1840… 

    Et vous croyez que j’ai vais croire à une histoire pareille ? Le livre là-bas, sur cette étagère, est en train de voir la réincarnation de son auteur ??!! Son auteur en chair et en os ?! Bon, vous êtes très amusante, j’adore l’humour d’habitude, mais là, vraiment vous ne me faites pas rire du tout ! Allez, je vous raccompagne ! 

 

Tout en minaudant, la jeune femme se dirigea vers l’étagère en question. Inclinant la  tête, elle se mit à chercher l’ouvrage dont elle était l’auteur.

Adrien l’observa. Il remarqua qu‘elle était vraiment belle mais qu’elle était étrangement fagotée. Elle semblait porter une robe de l’époque victorienne ! Pas vraiment la mode par ici !

    Ça alors !…je n’en reviens pas !…Quelle drôle de présentation pour un livre !…Ce format, si petit… S’exclama-t-elle.

    C’est un livre de poche ! Maugréa Adrien.

    Alors comme ça, on me lit encore ? Que c’est étrange de tenir entre les mains ma propre création, après des siècles !

 

« Une folle ! J’ai en face de moi une folle qui se prend pour Emily Brontë…et il est bientôt une heure du matin ! » Pensa Adrien qui se demandait comment il allait bien pouvoir  se débarrasser de cette fille bizarre qui était arrivée là il ne savait comment.

 

    Folle ? Vous me pensez vraiment folle ? Vous ne croyez pas du tout que je suis vraiment Emily Brontë ?! C’est bien ça, n’est ce pas ? Et bien, vous vous trompez !  Fit la jeune femme en se retournant brusquement.

Adrien resta bouche bée :

    Vous lisez dans mes pensées maintenant ?! 

 

Adrien était surpris. Il était certain de ne pas avoir parlé tout haut ! Il s’était fait cette réflexion dans sa tête et elle…elle…

La jeune femme s’approcha doucement de lui, souriante, et plongea son regard dans le sien.

    Bien sûr que je lis dans vos pensées ! Même de « Là-haut », je sais ce que vous ressentez, ce que vous pensez, ce que vous souhaitez. Je connais tout de vous. Je connais les histoires que vous inventez et que vous laissez stériles dans un coin de votre tête par peur de vous exprimer, par peur de ne point être à la hauteur de nous autres les « grands écrivains » comme vous dites. Vous savez, j’ai ressenti les mêmes frustrations que vous, dans mon ancienne vie d’écrivain. J’ai souffert aussi, comme vous des affres de la page blanche, jusqu’au jour où j’ai osé me lancer ! Oh bien sûr, je n’ai pas été très prolifique…Un roman, un seul, et quelques poèmes…mais au moins moi, j’ai osé sauter le pas !

J’ai été…comment dire…comme « guidée » par quelque chose qui me         dépassait…une main étrangère semblait guider la mienne. Un esprit autre que le mien semblait s’être emparé de la situation à ma place. Les mots coulaient à flots sur le papier. Je n’avais nul besoin de les chercher ces mots : ils exprimaient exactement ce que je voulais transmettre, sans plus aucune difficulté !      

Je vous ai entendu, tout à l’heure, Adrien, nous supplier de vous aider…

Nous vous avons tous entendu ! Giono, Zola, Balzac et tous les autres.

 

Adrien était abasourdi par ce qu’il était en train d’entendre. Ses yeux étaient écarquillés de stupeur. Il n’osait comprendre. Il allait ouvrir la bouche pour poser une question quand d’un signe la jeune femme l’arrêta :

 

    Non, Adrien, ne dites rien ! Ecoutez-moi jusqu’au bout !

Nous, les écrivains qui ne sommes désormais plus de ce monde, restons sensibles aux désirs  de ceux qui ont tant à dire et qui ne savent pas le faire ou n’osent pas.

Nous avons la mission de perpétuer l’écriture, car nous sommes convaincus que ce moyen d’expression entre les hommes ne doit jamais disparaître, que le plaisir de la lecture doit rester présent envers et contre tout !

Nous devons donc nous trouver des remplaçants pour que l’écriture survive. Nous recherchons de nouveaux écrivains, nous les aidons, nous les  guidons afin qu’ils accomplissent leur œuvre.

Vous êtes, Adrien, aux dires de tous les écrivains qui vous observent de Là-haut, depuis un certain temps, le candidat idéal pour cette mission !

Vous avez toutes les capacités requises pour faire un bon écrivain.

Vous portez ça en vous, vous ne rêver que de cela : écrire ! Nous savons que vous souffrez de ne point pouvoir assouvir ce désir, aussi avons-nous décidé de vous mettre le pied à l’étrier ! Nous allons vous aider, Adrien !

Chacun de nous, les anciens écrivains, chacun notre tour,  nous vous donnerons les chances de vous exprimer, nous vous soufflerons les mots Par la suite, vous vous sentirez plus à l’aise avec le style de l’un ou de l’autre, alors ce sera à vous de choisir l’écrivain qui colle le mieux à vous, et vous continuerez à travailler avec lui et seulement avec lui. J’ai déjà ma petite idée sur la question : je pense que vous vous entendrez bien avec Balzac ! Vous avez la même façon de « monter » vos histoires. Il vous apportera ses mots très volontiers et les critiques littéraires, en vous lisant, seront ravis de pouvoir décréter : «Ce jeune écrivain au style balzacien… » et ils ne se tromperont qu’à moitié ! Balzac, ou un autre, sera heureux de continuer à écrire par l’intermédiaire de votre main à vous ! 

 

Adrien était resté bouche bée sans pouvoir émettre une seule parole. Alors c’était donc vrai, tout ça…Les écrivains qui disaient être guidés par une autre force que la leur…Les écrivains qui confiaient qu’en se relisant, ils avaient l’impression de ne jamais avoir écrit ces mots-là, eux-mêmes…

Alors, serait-ce vraiment Emily Brontë, là devant lui, dépêchée en mission spéciale par ses confrères, pour faire de lui un futur écrivain ? Adrien se pinça pour être sûr qu’il ne rêvait pas. Non, il était bien éveillé : c’était bien Emily Brontë et puis toutes les paroles qu’il avait dites et qu’elle lui avait rapportées…et le fait qu’elle lisait dans ses pensées…

 

    Oui, oui, Adrien, je suis encore en train de lire dans vos pensées et je réponds à vos questions : oui, certains écrivains commencent par écrire, et très vite, ils sont guidés par la main d’un autre…Ce qui fait que souvent, lorsqu’ils se relisent par la suite, ils ne reconnaissent pas ce qu’ils ont écrit et ne savent pas l’expliquer.

Bref, Adrien, nous sommes très heureux, là-haut, d’avoir trouvé un nouveau candidat,    un candidat passionné par les mots qui rêve d’écrire du beau, pour assouvir sa passion et non pour faire de l’argent ! Des candidats, nous en avons tous les jours, mais ceux-là ne veulent écrire que pour devenir riches et célèbres,  aussi ne nous intéressent-ils pas du tout. Nous, nous aspirons à partager notre passion d’écrire avec quelqu’un comme vous. C’est une façon pour nous de continuer à écrire et de revivre les émotions que nous avons connues par le passé, ici-bas. Une façon aussi d’occuper notre temps agréablement, car, vous savez Adrien, le temps dure une éternité là-haut ! Ne vous inquiétez de rien : demain, vous ne vous rappellerez rien de notre entretien de cette nuit. Quand vous vous mettrez devant votre feuille blanche, les mots courront facilement sur le papier. Vous ne souffrirez pas de ce méchant malaise que l’on appelle le malaise de la page blanche. Vous allez devenir intarissable, Adrien, et vous noircirez des milliers de pages sans plus pouvoir vous arrêter ! Nous vous tiendrons la main de là-haut ! Comptez sur nous tous réunis ! 

 

Adrien cligna des yeux. Un rai de lumière tentait de s’immiscer au travers de ses paupières lourdes.

Des coups sourds et répétés attirèrent son attention. Il se frotta les yeux. Il se sentait très fatigué. Les coups redoublèrent. Il se redressa sur sa chaise et fut aveuglé par la lumière forte d’une lampe-torche braquée sur lui. On frappait à grands coups répétés sur la vitrine.

    Tout va bien, Monsieur Adrien ? 

Les vigiles de nuit, qui faisaient leur ronde, s’inquiétaient de voir, à cette heure avancée de la nuit, encore de la lumière dans la petite librairie.

    Oui, tout va bien, Messieurs ! J’étais en train de travailler et je me suis endormi, mais je rentre chez moi dans cinq minutes, merci !

    Alors, bonne nuit, Monsieur Adrien ! 

Adrien rangea en vitesse les papiers qui traînaient sur son bureau. Il n’avait pas beaucoup avancé dans son travail, ce soir. Il était bien trop fatigué ces temps-ci.

Il lui fallait absolument songer à prendre quelques jours de congé, quelques jours bien mérités, où il pourrait, à loisir, lire et inventer des histoires. Tenter d’écrire peut-être…oui, c’est ça, il allait trouver le temps, pendant ces quelques jours de vacances, pour s’essayer sérieusement à l’écriture !

Qui sait ? Libéré du stress quotidien, peut-être réussirait-il enfin cette fois-ci à aligner quelques mots...

 

 

 

 

 

 

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 17:00



 

 

Il est des livres que l’on ne peut garder rien que pour soi quand ils sont beaux. Les mots parfois en sont si jolis et libèrent de si belles images que l’on ne peut se contenter de les lire à voix basse. On les murmure tout d’abord, en lecture silencieuse, puis la musique qui s’en dégage est si belle qu’elle nous pousse à les clamer à haute voix. Au fil de ma lecture, il m’arrive souvent de relire à haute voix une phrase que j’ai trouvée jolie pour en déguster la délicatesse des mots et faire exploser les images en myriades d’étoiles.

 

Des mots si jolis, on a envie de les faire partager autour de soi et c’est le cas du livre de Mathias Malzieu (chanteur-compositeur de Dionysos, groupe de rock bien connu) qui s’intitule : « La mécanique du cœur » (chez Flammarion).

 Un pur délice…Joli conte poétique qui nous plonge dans un univers proche de celui de Tim Burton ou de celui de Süskind (le parfum) dont le héros, Grenouille, ressemble par certains traits au Little Jack de Mathias Malzieu : des êtres que la nature n’a pas gâtés mais qui leur a laissé néanmoins un don. Pour Grenouille, le don olfactif, pour Little Jack le don d’explorer les méandres de l’amour.

 

Little Jack, Pinocchio des temps modernes, est né, le jour le plus froid du monde, avec un cœur défectueux. La sage-femme, -mi-sorcière, mi-fée-, qui l’aide à venir au monde, lui greffe une horloge à la place du cœur défaillant : elle lui redonne la vie. Little Jack vivra, à condition d’éviter trop d’émotions, car l’horloge alors se détraquera… Little Jack vit avec cette petite phrase dans la tête : « Love is dangerous for your tiny heart ! » que la sage-femme lui serine comme une formule sorti d’un vieux grimoire… Ce qui devait arriver, arrive : Little Jack tombe un jour amoureux d’une petite chanteuse des rues ! Quête amoureuse pour retrouver Miss Acacia, transports merveilleux de la passion comme de sa cruauté…le cœur de Jack sera mis à dure épreuve…

 

Entre noirceur et humour, l’écriture est poétique et emplie de sensibilité. Un petit bijou de poésie où les métaphores vous transportent dans un paysage imaginaire dont on garde l’empreinte longtemps après avoir refermé le livre.

 

Je ne peux pas terminer cet article sans vous livrer quelques images, quelques jolis mots…comme un cadeau pour embellir vos jours.

 

« Un froid de canard paranormal cadenasse la ville…les fontaines se changent une à une en bouquets de glace…le givre fait des merveilles en pailletant le corps des chats…les arbres ressemblent à de grosses fées en chemise de nuit blanche qui étirent leurs branches, baillent à la lune… »

 

« Dehors, il neige de plus en fort. Dans la rivière les poissons grimacent, arrêtés net. Toute la ville est sous la main d’un souffleur de verre… »

 

« Cette nuit, je vais grimper à la lune, m’installer dans le croissant comme dans un hamac et je n’aurai absolument pas besoin de dormir pour rêver. »

 

« La cheminée, en forme de couteau de boucher, pointe vers les étoiles. La lune y aiguise ses croissants. »

 

« Les étincelles que produit Miss Acacia en chantant sont les éclats de ses propres fêlures. »

 

« Il doit rester quelques rêves d’enfant cachés sous l’oreiller, je tenterai de ne pas les écraser avec ma tête lourde de soucis d’adulte… »

 

« Les volutes de son parfum me sont familières comme une vieille couverture pleine de rêves… »

 

…et je pourrais recopier le livre de Mathias Malzieu en entier…Difficile de faire un choix parmi tous ces jolis mots…

Je suis sûre que je vous ai donné l’envie de dénicher d’autres petites phrases délicieuses, non ? J



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Published by Nickyza - dans Des livres et moi
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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 15:06
Photo de Thedolphin


Aujourd'hui, un brin de nostalgie en accord avec le temps...Dans ces cas-là, certains souvenirs remontent à la surface et lèchent le sable effaçant les pas d'aujourd'hui...

 

Dans le silence

Etouffé de songes

Images au ralenti

Passées et repassées

Comme celles d’un vieux film

En noir et blanc

Anouk Aimée et Trintignant

Sur une plage de sentiments

Images passées que l’on regarde

Dans la pénombre

D’un soir trop sombre

Des voix s’en mêlent et s’entremêlent

A la musique en sourdine

Pas pressés, son feutré

Lointain, si lointain

Adagio des nostalgies

Au rythme lent

Des souvenirs passés et ressassés

Que l’on trace en silence

Noir sur blanc

Ombres du passé

Ombres sur l’écran

De nos pensées.

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  • : Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?
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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
  • Je suis… Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.

 
  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

Bienvenue !


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Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme." (Douglas MacArthur)


"La vie ressemble à un conte ; ce qui importe ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur." (Sénèque)


"La vie est finie quand tu ne surprends plus personne." (Coluche)

"L’indifférence est une paralysie de l’âme." (Anton Tchekhov)








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