Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 16:32


Un crève-coeur, cette photo: VM Matériaux chaviré...Jean est-il en vie, à l'intérieur?


 

Un bruit assourdissant, un coup de gîte brutal, la coque qui bascule puis se retourne en un éclair et définitivement.

Le plafond devient sol, l’eau envahit l’habitacle, les objets sans dessus dessous roulent et flottent, le noir efface tous les repères, le froid s’empare de l’espace, les vagues bousculent le bateau comme un shaker agité par les mains de Neptune en colère.

Chavirage du bateau, chavirage du destin.

Balise de détresse, SOS… un long cri lancé dans la nuit, par delà les océans, un appel jeté comme on lance une bouteille à la mer…


VM Matériaux
a chaviré avec à son bord Jean Le Cam.

 

Au réveil, la nouvelle tombe comme un couperet et glace le sang. Ce que l’on redoutait devient terrible réalité…


Dans ce Vendée Globe, décidément, la mer se joue des bateaux et a encore sévit, et cette fois-ci sur un proche…

Suivent les longues heures d’angoisse où chaque minute dure des heures pendant lesquelles on imagine le pire.

Incapable de bouger et de penser à autre chose, on reste scotché dans l’attente des nouvelles. Radios, télés, internet, téléphone à portée de main ; l’attente est interminable.

Chaque coup de fil fait bondir le cœur.

Et cette photo terrible de la coque renversée, ballotée par l’océan en rage, découverte sur Internet…


Aucun signe de vie. Juste le silence…insupportable…pendant des heures et des heures.

Les images effroyables qui passent devant les yeux. Et les questions sans réponses. Mort ou vivant ? A l’abri à l’intérieur de la coque ? Blessé ? En hypothermie ? A-t-il trouvé sa combinaison de survie ? La mer envahit-elle le bateau ?

Le silence…toujours cet effrayant silence.

Et le vent, et les creux de six mètres qui empêchent tout sauvetage alors qu’il ya urgence…

Il faut attendre, en se raccrochant à des hypothèses, à des espoirs, à la bonne étoile qui ne peut pas filer ainsi, non pas un jour comme celui-ci !

Attendre…Attendre le secours des adversaires qui sont avant tout des potes lorsqu’il y a danger et qui sans réfléchir se déroutent de la course. Il n’y a qu’eux qui pourront s’approcher du bateau en perdition…Qu’eux qui pourront détecter s’il y a un signe de vie à l’intérieur.

Il faut attendre qu’ils arrivent sur zone et les miles avalés à brides abattues sont des heures où l’on suspend sa respiration, où l’on prie Eole de souffler fort dans les voiles.


Puis la nouvelle tombe enfin : Jean est vivant !! Il a répondu aux cris du copain Vincent !

« Jean est vivant, Jean est vivant !! » crient toutes les radios, télés, téléphones.

La joie, l’immense soulagement…IL EST VIVANT !

 

Mais le plus dur reste à faire : le sauvetage s’avère difficile. La porte de secours est sous l’eau et va résister à la pression de la mer.

Par delà le bruit du vent et des vagues, Vincent réussit à entendre le cri de détresse de son ami : il a très froid et la mer emplit le bateau petit à petit ; il faut intervenir en urgence !

Le soulagement fait vite place à l’angoisse à nouveau…


Jean est vivant mais prisonnier de son bateau…


Jean risque l’hypothermie et le bateau coule peu à peu, l’oxygène se fait rare dans l’habitacle…

Branlebas de combat au sein du PC Course pour trouver les moyens d’intervenir le plus rapidement possible, mais la nouvelle tombe effrayante : les secours -un remorqueur chilien avec à son bord des hommes grenouilles- ne pourront être sur place que le lendemain matin, à cause de la distance à parcourir pour arriver sur zone et la nuit qui va tomber…

La peur, l’angoisse de nouveau… Tout peut se passer pendant la nuit…Le bateau risque de couler…Jean mourir de froid et d’épuisement…


Puis, tout s’est passé très vite.

Impensable d’attendre les secours encore si longtemps… Impensable de rester encore une nuit entière dans ce bateau chéri devenu cercueil…

Jean n’est pas homme à attendre sans agir : il n’attend jamais que l’on décide pour lui, surtout lorsque sa vie est en danger. Il va tenter le tout pour le tout ; il n’a plus rien à perdre !


Puis le sauvetage périlleux et incroyable !


L’instinct de survie fait décupler les forces qui restent encore tapies.

Jean plonge sous l’eau et arrache la trappe de la porte de secours avec rage et sort du bateau. Il sait qu'il joue sa vie si personne ne l'attend au dehors...mais il sait Vincent et Armel pas loin...

Un véritable accouchement, comme il se plaît à décrire sa sortie périlleuse !

Il agrippe l’éolienne, puis un saffran…s’y cramponne, submergé par les vagues de six mètres qui à tout moment risquent de l’emporter définitivement au fond de l’océan.

L’ami Vincent veille. Il est prêt à accueillir le gros bébé dans ses bras et sait qu’il n’a pas droit à l’erreur s’il veut sauver son pote en grand danger de mort.

Sa vie ne tient qu’à un bout arrimé à la coque qui s’enfonce et que chaque vague peut arracher. Vincent voit son ami disparaître sous l'eau et réapparaître. Chaque fois il pense que c'est la dernière fois....

Armel aussi est là, surveillant les opérations à bord de son monocoque.

Quatre passages du bateau salutaire PRB seront nécessaires pour qu’enfin le naufragé attrape la corde relié au winch que Vincent va actionner pour hisser enfin son ami à son bord.

Des minutes interminables et oppressantes que les trois navigateurs n’ont pas fini de voir défiler sur l’écran de leurs mémoires…


Jean est enfin sain et sauf ! Sauvé des eaux par cette solidarité qui n’a jamais fait défaut aux gens de mer ! Sain et sauf…en bonne santé : on entend enfin sa voix et on voit son visage, ses yeux ivres de fatigue !


Soulagement: Jean à gauche et Vincent son sauveur!, juste après le sauvetage périlleux!


Tout est bien qui finit bien. La vie est redevenue belle, si belle. Les deux compères, liés désormais par une amitié indéfectible, font route vers Ushuaia, sur un même bateau.


Vincent a pris de gros risques en mettant tous les moyens pour sauver son ami Jean, jusqu’à endommager son propre bateau…PRB a mal à son mât…et la course est compromise pour Vincent. Il faut essayer de réparer.


On apprend ce matin que le feuilleton continue : Jean et Vincent ont fini par démâter au large des îles du Cap Horn. Ils dérivaient, moteur HS…et ont été finalement remorqués jusqu’à la terre ferme.

Coup dur…Vincent doit définitivement abandonner la course… Son courage et sa générosité n’auront pas été récompensés…

 

C’est ainsi, c'est la dure loi de cette course passionnante mais si dangereuse, où la mer malmène les hommes et leurs montures en les poussant au bout de leurs limites…

C’est la solidarité qui ici n’est pas un vain mot !

C’est la passion qui anime des gens admirables de courage et de ténacité…La passion tout simplement… qui mène ces hommes jusqu’au bout de leur rêve et à n’importe quel prix ! Mais c’est aussi leur métier.

On soigne les bobos, mais déjà, dans la tête, on est déjà repartis pour d’autres aventures !

OUF !

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Bigornette 16/01/2009 11:35

je n'avais pas noté que c'était ton beau frère, je mesure encore plus ton inquiétude et ce reportage halletant en témoigne... ils sont grands tous les deux... bravo à eux...bisous

Nickyza 16/01/2009 17:08


Oui sans doute as-tu lu mon texte trop vite, Bigornette ou alors j'ai beaucoup de talent pour y mettre tant d'émotions, héhé!!!!
J'ai écrit ce texte sous l'effet d'une grande émotion, une façon d'évacuer tout le stress! Ce n'est plus qu'un mauvais souvenir et tout va maintenant pour le mieux!!
J'espère que tu vas bien...toi?!
Je t'embrasse :-))


bunny le chti 15/01/2009 15:45

salut
lorsque l'on voit le nombre d'abandons par casse on se demande si c'est fait sérieusement la préparation
en tous les cas chapeau à ceaux qui vont aider les autres
bonne soirée

Nickyza 16/01/2009 16:57


Oui, Bunny, pourtant ils sont bien préparés nos skippers...Une course comme celle-ci représente quatre années de boulot et d'investissement personnel et technique...
De nombreux tests sont effectués, surtout au niveau de la sécurité.
Je pense qu'il ya une seule chose que l'on ne peut pas prévoir totalement, c'est les conditions météo...et cette année elles ont été particulièrement musclées!
Mais c'est le jeu, ma pov' Lucette: la voile est un sport technique et comme pour bien des sports, on ne peut pas toujours prévoir la casse!
A bientôt :-))


Oxygène 15/01/2009 11:06

Je viens de lire ton angoisse lors du chavirage de Jean Le Cam. J'avais suivi aussi ce terrible accident car mon compagnon, ancien skipper, est passionné par tout ce qui touche à la voile. J'ai donc eu peur en même temps que tous, mais je viens de revivre avec une intensité exceptionnelle ces durs moments à travers ton texte. Tu es apparemment concernée personnellement, et ton écriture s'en ressent. C'est très fort. Je suis contente que tout aille mieux. Et que vivent l'amitié et la solidarité !!!

Nickyza 16/01/2009 16:45


Oui, les moments d'angoisse sont passés :-)
Ils mènent une vie terrible, ces skippers...et nous font passer de sacrés moments...de joie et de ...peur!! Mais tu sais ce que c'est, si tu as un skipper à la maison!
A bientôt Oxygène :-))


Dominique 14/01/2009 14:16

Bonjour ! Oui on a écrit sur le même sujet, tu peux utiliser mes vidéos dans "Dailymotion" si tu veux, ce sont les vidéos officielles, puisque je suis la course, si tu veux mon pseudo de Journaliste, écris moi je te le donnerai ! Au fait Vincent Riou est récompensé : il sera classé troisième ex aequo. Amitiés . DM.

Nickyza 14/01/2009 16:26


Oui, c'est super, Vincent sera quand même classé!..même s'il doit être néanmoins frustré de ne pas avoir continué la course...
Moi aussi je continue de suivre la course car elle n'est pas terminée et promet encore bien des rebondissements!!
J'avoue un penchant pour Bilou qui s'accroche derrière Mich'Dej!!
A bientôt :-))


Nettoue 12/01/2009 17:10

Un bonjour et un bisou, ma pêtite Nickysa
Tonh amie
Nettoue

Nickyza 12/01/2009 18:01


Que c'est gentil à toi, Nettoue... ce bisou me va droit au coeur!
Je t'en envoie plein aussi :-)))


Présentation

  • : La caverne des mots
  • La caverne des mots
  • : Bienvenue dans ma caverne où les mots sont rois! Entrez, asseyez-vous...Ici, poésies, nouvelles, petits billets de papier aigres ou doux, chansons...Un moment convivial à partager en échangeant nos mots!Café ou thé?
  • Contact

A Livre Ouvert Ou... Fermé

  • Nickyza
  • Je suis…
 
 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
  • Je suis… Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.

 
  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

Bienvenue !


Retour à la page d'accueil


Pour ne rien rater des parutions de mes articles, inscrivez-vous à ma newsletter (dans la colonne de droite ! ) ainsi vous serez tenus informés dès publication !





Au Grenier Encore Des Livres

Mes textes sont protégés

 

 

    5JWU185-1-Logo-Copyright-France.gif

 

 

 

 

Mon recueil de nouvelles :

" Petites histoires et autres fariboles en terres de Champagne "

 à commander ici 

 

 

        Pub Fariboles1

Pages

Et les minutes défilent

Quelques citations...


"Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit." (M. Duras)

 

"Ecrire, c’est une façon de parler sans être interrompu." (Jules Renard)

"Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle." (Proverbe africain)


 "Ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir." (Jean Mermoz)

"Comment se tue en nous l’amour ? Trois degrés : souffrance, indignation, puis indifférence. La souffrance use l’amour, l’indignation le brise, et on arrive à l’indifférence finale." (Sainte-Beuve)
 

 "Créer c’est vivre deux fois." (Albert Camus)

 "On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.

Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme." (Douglas MacArthur)


"La vie ressemble à un conte ; ce qui importe ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur." (Sénèque)


"La vie est finie quand tu ne surprends plus personne." (Coluche)

"L’indifférence est une paralysie de l’âme." (Anton Tchekhov)








Paperblog

Texte Libre