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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 13:02


                                           Madame N'Birma


 

 

La boutique, au toit de feuilles de palmes tressées, sur quatre pilotis, avait fière allure à côté de toutes les autres bicoques, et les jours de marché, quand l’effervescence bruissait alentour, on ne voyait que son enseigne bariolée qui attirait tous les regards.

Enseigne qui se résumait à une planche de bois savamment fixée avec un fil de fer aux deux montants que formaient les pilotis de la baraque.

Ce n’était pas n’importe quelle enseigne qui offrait aux badauds ses lettres multicolores : c’était l’enseigne de Madame N’Birma, prospère commerçante du marché de Niamey !

Madame N’Birma était quelqu’un de respecté et de respectable, car c’était un modèle dans l’art du négoce. Sa stature imposante en faisait une matrone au verbe si haut que même les mouches arrêtaient leur Zzz zzz quand elle ouvrait la bouche.

Rien que le nom de sa boutique en disait long sur l’ingéniosité et le savoir-faire de la matrone. Les lettres criardes de l’enseigne annonçaient en grand : « Le rayon des bonheurs ». Alors rien que ça, ça attirait le client irrésistiblement. Et puis en dessous, il était marqué en plus petit : « Ici, tu trouves tout, même le paradis pour pas cher ! »

Comment voulez-vous que les clients n’entrent pas dans la boutique de Madame N’Birma avec une telle accroche ?!

Victor Saoulé, le marchand d’en face, faisait grise mine devant une telle affluence, surtout quand les passants accéléraient le pas devant chez lui sans même tourner le regard, et s’engouffraient, comme attirés par des aimants, chez Madame N’Birma.

Pourtant son enseigne à lui était encore plus voyante, plus grande que celle d’en face et elle était prometteuse : « Supermarché plus gros que celui de Paris » et en tout petit, en dessous : « Chez Victor, le roi du négoce ».

Eh bien, allez donc comprendre pourquoi les clients se bousculaient dans les rayons de Madame N’Birma et non pas dans les siens à lui ??

C’est Amina, sa petite vendeuse qui n’a pas l’air si bête que ça, qui avait trouvé un jour l’explication.

« C’est normal, Madame N’Birma elle ne vend que des bonheurs ; dans tous ses rayons, il y a des bonheurs à acheter et pas chers : c’est écrit là ! » fit-elle remarquer à Victor Saoulé, en pointant du doigt l’enseigne de l’autre côté de la rue.

Victor s’était gratté le menton en secouant la tête : il ne pouvait rien contre ça ; quand on vend du bonheur, c’est sûr que ça rapporte gros, puisque tout le monde est à la recherche du bonheur, alors quand, en plus, on le met à portée de tout le monde… 

Dans les rayons de Madame N’Birma, on trouvait toutes sortes de gris-gris sensés apporter la chance, la prospérité, la santé, la fécondité, le retour de l’être aimé et que sais-je encore…On trouvait aussi des onguents qui guérissent tout, des philtres d’amour, des pierres magiques, des cauris dans lesquels on ne pouvait lire l’avenir qu’en rose.

Tous ces produits étaient savamment mis en valeur par des néons de toutes les couleurs et par des pancartes fluo qui annonçaient les nouveautés et les promos, ce qui avait le mérite d’attirer une foule de clients, qui formait des queues interminables aux caisses, à toute heure du jour.

Victor avait bien essayé de piquer la clientèle de Madame N’Birma, en accrochant sur sa devanture une pancarte qui disait : «  Tous les bonheurs que vous ne trouverez pas en face, vous les trouverez ICI », mais cela n’avait pourtant rien changé…

D’abord parce que Madame N’Birma était la preuve vivante que le bonheur existait quand on l’avait à portée de la main tous les jours. Elle utilisait les produits de ses rayons, c’était évident : il n’y avait qu’à la regarder ! Elle respirait la santé. Elle avait tout : la richesse, la célébrité, l’amour d’un homme riche et bien fait, une bonne famille, une belle maison avec la climatisation dans les chambres…tout !

Alors tout ça bien sûr, ça mettait le client en confiance, il achetait les yeux fermés et le bouche à oreilles faisait le reste.

Madame N’Birma, c’était une assurance sur le bonheur.

Et plus Victor Saoulé se désespérait, plus Madame N’Birma rayonnait. Jamais le “Rayon des bonheurs” n’avait été aussi prospère !



Pour lire la suite des aventures de Madame N'BIrma et Victor Saoulé, rendez-vous sur le marché de Niamey, là, en foulant le sol de latérite, juste en-dessous! >>>>>>>>



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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
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  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

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