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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:30






Il neigeait.

Il neigeait à gros flocons, des flocons si lourds qu’ils empêchaient l’air de respirer. Des flocons si lourds qu’ils semblaient tasser même le sol sur lequel ils tombaient. Les arbres abaissaient leurs branches devant l’imposante neige, comme en un profond respect. Même le silence se taisait ; la nature toute entière semblait retenir son souffle.

Kambili se tournait et retournait encore sur sa couche. L’air étouffant de la minuscule chambre se plaquait sur son corps, y faisant apparaître de fines gouttes de sueur. Sa mère, inquiète de ce sommeil agité, posa la main sur le front brûlant de la petite.

Kambili était en nage, et dehors, le temps était glacial ; la neige ne cessait de tomber en un épais rideau de coton blanc, plus épais que le rideau de perles multicolores qui empêchaient les mouches de passer le seuil de la porte d’entrée.

L’aube était pourtant levée depuis un bon bout de temps déjà, mais Kambili continuait à dormir profondément. Sous la fraîcheur de la main apaisante, elle finit par ouvrir les yeux.

 

     Tu as vu, Mama, il a neigé cette nuit et il neige encore ! Je vais enfin pouvoir faire de la luge ! Regarde comme c’est beau ! Je n’avais jamais vu ça !  s’exclama-t-elle en se précipitant dehors.

 

Sa mère secoua la tête. Sa petite faisait encore une crise de palu. Il faudrait aller rendre visite au marabout du village aujourd’hui.

Kambili écarquilla les yeux.

Sur le grand fleuve Niger, les pirogues dormaient tranquillement. L’arbre à palabres étendait ses branches sous l’écrasante chaleur, et le sol était rouge de la latérite rouge qui recouvrait tout alentour.

Pas un flocon de neige, pas une tâche blanche dans le paysage qui s’étendait devant la case de la concession. Comme à l’accoutumée, la volaille caquetait et se disputait quelques grains de mil éparpillés sur la terre. Les cochons enfouissaient leurs groins dans le tas d’ordures qui faisait un monticule à l’entrée du bush.

Déçue à en pleurer, la petite se retourna et se précipita dans les bras de sa mère.

    C’était un rêve, N’né, juste un rêve ! Il ne neigera jamais sur notre terre d’Afrique !… Il ne neige que dans ton album d’images, et là-bas, très loin en Europe…

    Alors, quand je serai grande, j’irai là-bas, Mama ! J’irai là où il neige, car j’aime la neige, car la neige, c’est beau quand ça recouvre tout, même la latérite de notre chemin…

    Oui, N’né…tu iras là-bas, un jour ! Tu iras…

 

L’enfant bercée par les bras de sa mère, se rendormit rassurée, emportant la neige dans ses rêves.

Doucement, celle-ci déposa sa petite sur la natte qui recouvrait le sol.

Il était grand temps d’aller préparer les boulettes de gari pour le déjeuner.

Déjà, la “pepper- soup” mijotait dans la grande calebasse qui chauffait sur les trois pierres du foyer.

L’implacable chaleur s’abattait sur le petit village de pêcheurs faisant bourdonner les mouches dans les buissons.

 

 

                                                               

 

Lexique :                                                                     

Bush : enchevêtrement de buissons et d’arbustes.

Gari : bouillie de manioc que l’on façonne en boulettes.

Pepper-soup : Sauce pimentée à base de viande, poisson et légumes dans laquelle on trempe les boulettes de gari.


L'afrique...Un immense sentiment nostalgique s'empare de moi à l'évocation de ce simple mot... Une enfance, puis une adolescence bercées par les eaux du grand fleuve Niger. Même si je suis blanche et française...mes racines sont restées là-bas, car j'y suis née... Son odeur, ses couleurs, sa chaleur sont ancrées à jamais au plus profond de moi... Afrique...

 

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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
  • Je suis… Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.

 
  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

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