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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 00:14


Chaque matin, quand il ouvrait les volets, son regard se portait là-bas, au fond de l’air.

Son regard balayait les vignes endormies qui s’étalaient plus bas, jusqu’au lit de la Marne.

Les feuilles du tilleul frissonnaient. Le vent coulait ses vents coulis.

Les premiers rayons de soleil illuminaient la ville d’Epernay, nichée dans les bras de la rivière, lovée dans le berceau que formaient les collines de leurs ventres ronds.

Les vignes, partout alentour, montaient à l’assaut de la moindre parcelle de terre.

Le clocher, qui lançait sa flèche dans les hauteurs du ciel, comptait les heures qui s’installaient au point du jour. Il détourna son regard et ferma la fenêtre. Il faisait tôt, il faisait frais, en ce matin de fin de printemps. Il avala son café chaud, debout derrière la baie vitrée, l’œil vague, laissant son esprit doucement s’éveiller.

Une longue journée de labeur s’ouvrait devant lui : il n’avait plus une minute à perdre à partir de ce moment ! Il se secoua. Il rinça sa tasse sous le robinet d’eau froide, puis dévala l’escalier, agrippa la poignée de sa sacoche qui traînait dans l’entrée et claqua la porte derrière lui. L’air frais qui le surprit, le réveilla tout à fait. A grandes enjambées pressées, il descendit la Rue des Rocherets, déboucha sur la Place Carnot bordée de grands arbres que baignait le Cubry.

Rue du Professeur Langevin, certains commerçants s’affairaient déjà. Ils avaient levé le rideau de leur petite boutique et s’appliquaient à faire briller la devanture, à balayer le trottoir, en attendant les premiers clients .Quelques balayeurs municipaux nettoyaient les abords de la Rue Saint-Thibault.

    Salut, Adrien ! Tu peux me mettre le dernier « Modiano » de côté, pour ma mère, c’est bientôt son anniversaire ! Lui cria Gérard depuis le seuil de sa boucherie.

    Pas de problème, Gérard ! Je te prépare même un paquet-cadeau ! Répondit-il en lui adressant un signe amical.

« Il », s’appelait Adrien. Là, dans la petite rue piétonne, il n’était plus anonyme. Il était Adrien, le libraire du quartier.

Adrien salua d’autres gens sur son passage, échangea des phrases courtes et pressées, tout en continuant à marcher d’un bon pas. Il apercevait déjà l’enseigne de sa boutique, coincée entre une briocherie et une cordonnerie.

Adrien aimait sa librairie qui était toute sa vie et rien que sa vie ! Il ne vivait que pour sa boutique et les livres qui l’entouraient. Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour d’autres centres d’intérêt, si bien qu’il était toujours célibataire, à quarante ans passés.

 Pourtant, il était plutôt bel homme et les présences féminines ne manquaient pas autour de lui.

 La petite brune d’en face, qui tenait la boutique de prêt à porter « Mode », affichait pourtant une attirance évidente pour lui, lui décochant des sourires aguicheurs, l’invitant à boire des cafés…pour le sortir de ce qu’elle croyait être la solitude.

Pourtant Adrien ne se sentait jamais seul. La présence des milliers de livres qui l’entouraient presque jour et nuit lui suffisait amplement. Il était nourri de mots et vivre dans ces mondes imaginaires le comblait !

S’investir dans une relation amoureuse, l’aurait privé de temps, le temps qu’il consacrait aux livres.

Adrien arriva devant sa librairie. Il était fier de cette petite boutique à laquelle il avait conservé tout son côté rétro. Il avait résisté à la mode des rénovations froides et impersonnelles des librairies modernes, où le côté pratique et la rentabilité primaient avant tout. La librairie d’Adrien avait une âme. Il y fleurait bon le vieux papier et la cire d’abeille qui faisait briller le parquet et les meubles anciens. Les livres y trouvaient refuge sur d’ancestrales étagères de bois qui escaladaient les murs jusqu’au plafond. Ils s’entassaient, dans un joyeux désordre, sur de vieux comptoirs de métier, d’anciennes tables au charme désuet, disposés ça et là. Un joyeux désordre, mais un désordre savamment étudié par le propriétaire des lieux qui savait toujours retrouver le livre convoité. Il régnait dans la petite librairie, une atmosphère paisible, proche du recueillement …

Les amoureux de livres aimaient à flâner entre les rayons, se perdre dans les recoins, butiner d’un livre à l’autre, jusqu’à découvrir le coup de cœur qu’ils emportaient jalousement pour mieux le dévorer des yeux, le soir au coin du feu.

Ils appréciaient les conseils d’Adrien qui leur faisait partager ses passions.

Ils aimaient échanger leurs impressions avec le libraire, en qui ils vouaient une confiance immense, car Adrien était un vrai libraire, de ceux qui se font de plus en plus rares de nos jours…Il faisait partie de ceux qui ne remplaceraient jamais la mémoire de l’écrit par ces espèces de machines informatiques qui font le travail à leur place

Non, non, Adrien ne considérerait jamais le livre comme un produit ordinaire !

 Il lui était inconcevable de traiter les livres comme on les maltraitait dans certaines grandes surfaces, où relégués entre un baril de lessive et le papier toilette, on les vendait comme l’on vendait une vulgaire boîte de petits pois !

Non, Adrien avait trop de respect pour les mots, ceux qui embellissaient sa vie au quotidien ! Les livres avaient tous une âme, et il les faisait vivre avec amour et passion.

Comme chaque matin, avant de lever le rideau de fer, Adrien s’arrêta devant la vitrine  pour y jeter un rapide coup d’œil. Il vérifiait  l’impeccable disposition des livres alignés sur les présentoirs. Il ne s’agissait pas de présenter une vitrine peu soignée.

    La vitrine d’un magasin est le miroir de ce qui se trouve à l’intérieur ! Répétait-il inlassablement à ses deux vendeuses.

Il traquait donc le livre corné, le livre tombé, le présentoir laissé vide, l’araignée qui aurait tissé sa toile au milieu des mots, la tablette poussiéreuse…

Il soupira. Il allait falloir remettre un peu d’ordre car plusieurs livres étaient tombés de leurs présentoirs.

Adrien se mit à sourire…Les livres avaient encore fait la java cette nuit !

Il aimait à imaginer que la nuit, les livres se mettaient à vivre, en cachette, quand la librairie avait fermé ses portes ; qu’ils dansaient, se déplaçaient d’un coin à un autre, changeaient de place, échangeaient des mots…bref, les livres s’animaient la nuit quand personne ne les voyait !

En observant la vitrine d’un air malicieux, Adrien nota que d’Ormesson enlaçait encore la belle Irène Frain, Bernard-Henri Lévy tirait la couverture à lui, laissant Le Clézio sans mots. Sollers enjambait Marguerite Duras, Yves Berger s’étalait de tout son long sur l’Amérique de Michener, Amélie Nothomb vomissait l’araignée qui avait tenté de s’immiscer dans ses pages, Troyat et Nourissier présentaient leurs pages cornées, Labro, Coelho, Kundera, Kadaré s’entassaient les uns sur les autres, le livre de cuisine de Ginette Mathiot marchait sur les plates-bandes de Michel Lis le jardinier…

Quel méli-mélo dans la petite vitrine ! Les livres inertes s’étaient animés cette nuit, plus que jamais ! Surpris par le jour, ils n’avaient pas eu le loisir de regagner leur place attitrée. C’est ce que pensait Adrien, amusé.

Adrien s’empêcha de divaguer plus longtemps dans son monde imaginaire. C’est qu’il s’en racontait des histoires, Adrien. Il aurait rêvé les écrire, toutes les histoires qu’il inventait.

Mais il n’avait pas le temps, ce temps qui lui filait trop vite entre les doigts, ce temps qu’il aurait tant aimé arrêter pour un temps…

Ecrire… Ecrire était un don, un art, comme la peinture ou la musique.

On le recevait à la naissance, déposé par quelque bonne fée. On ne pouvait se décréter écrivain du jour au lendemain.

Cela, Adrien l’avait compris très vite, rien qu’en lisant à mi-voix les œuvres de ses auteurs fétiches ! Adrien était désespéré de découvrir tant de perfection au fil des pages.

Il restait persuadé que jamais il ne parviendrait à égaler ces grands écrivains dans l’art de faire chanter les mots.

Et pourtant, il avait tant de choses à raconter, tant d’histoires à faire partager, histoires qui attendaient, là, dans un coin de sa tête.

Ecrire était chez Adrien plus qu’une simple envie, c’était un besoin, devenu vital au fil des années qui passaient. Un besoin inassouvi qu’il mettait sur le compte du manque de temps, et qui le laissait frustré…

Alors, il se contentait de prendre des notes sur le petit carnet qui ne le quittait jamais, pour le jour où il se lancerait dans l’entreprise d’un roman !

Le jour où il ne serait plus libraire, le jour où il aurait suffisamment de temps devant lui pour se consacrer à son œuvre, le jour où, suffisamment nourri des mots des autres, il aurait acquis l’art de manier le verbe, le jour où …il serait vieux et à la retraite !

Le jour où il serait capable, enfin, de remplir une page entière avec talent.

Ce qui le désespérait, Adrien, c’est que les rares fois où il s’était trouvé devant la page blanche, il avait été incapable d’écrire, de trouver le mot juste, le mot beau.

Il n’avait pas su laisser couler les mots ; ses mots sonnaient faux !

Mû par le besoin irrésistible de coucher des mots sur le papier, il avait été atteint du fameux malaise de la page blanche, et quand après des heures, il avait enfin réussi à remplir une feuille entière, il s’était relu et avait trouvé ça très mauvais. La feuille de papier avait terminé dans la corbeille, déchirée en mille morceaux.

Depuis, il était terriblement frustré et malheureux.

Adrien entra dans la petite librairie. Il était à peine huit heures du matin. Le magasin ouvrait ses portes à la clientèle, à neuf heures précises, mais Adrien aimait arriver une heure plus tôt.

Cela lui laissait du temps pour préparer sa journée et passer quelques commandes, déballer quelques cartons de nouveautés qui prendraient aussitôt place sur quelques coins de tables.

Dès l’arrivée de ses clients, Adrien pouvait ainsi se consacrer entièrement à eux, aidé de ses deux vendeuses.

La journée filerait à une allure folle…Réception de colis de livres, déballage,     commandes, classement des livres nouvellement arrivés, accueil des clients et des représentants des maisons d’édition, Adrien, une fois de plus, ne verrait pas la journée passer, ni l’heure de fermeture arriver !

A dix-neuf heures, il fermerait les portes de la librairie. Il resterait une heure ou deux après la fermeture pour terminer quelque travail urgent laissé en plan.

Après avoir raccompagné ses derniers clients et fermé les portes derrière eux, Adrien déposa une pile de livres sur sa table de travail. Il s’appliqua à remplir les fiches de stock de chacun, de sa plus belle écriture. Il ouvrait chaque livre, en lisait quelques lignes pour en connaître le contenu. Parfois, il se laissait emporter par le charme des mots et s’attardait plus que de raison, entraîné par la magie qui s’opérait. Il lisait, lisait, comme ensorcelé…

    Ha, comme je voudrais savoir écrire comme ces merveilleux écrivains Comme je   voudrais connaître cette fabuleuse folie qui vous jette corps et âme  dans cette  rivière         des mots à jamais intarissable…Mais comment font-ils, ceux-là, pour écrire ces mots superbes, pour laisser libre cours à l’inspiration ? Cela paraît si simple d’écrire ! Les Giono, Balzac, Chateaubriand, Maupassant, Zola, Hugo…si vous m’entendez de là-haut, dites-moi comment faire !

Quel était votre secret pour arriver à une telle maîtrise du mot ? Le mot simple qui    renfermait toute la subtilité des choses, le mot qui coulait juste et beau pour former un tout, un tout avec tous les autres mots qui s’associaient pour créer, à l’unisson, une œuvre parfaite…

Mon Dieu, vous aussi, si vous m’entendez, vous tous réunis, aidez-moi ! Donnez-moi la clé pour ouvrir la porte du monde des mots. Faites-moi un signe de là-haut, ou je mourrai de ne point écrire !  Oui, j’en mourrai, c’est sûr ! Gémit-il en se prenant la tête entre les mains, dans une ultime supplique. Adrien se surprit à parler à haute voix. Il replongea dans les pages du livre qu’il était en train de découvrir. Il était comme hypnotisé par le pouvoir des mots. Il ne voyait même pas le temps qui filait, il ne ressentait pas la fatigue qui le gagnait peu à peu.

Pourtant le sommeil commençait à s’emparer de lui, ses paupières devenaient lourdes.

Il  ne s’aperçut même pas qu’il s’était affaissé sur sa table de travail, les bras repliés                        autour du livre qu’il était en train de lire, la tête lourdement posée sur les pages ouvertes…Le rêve qui le prit, l’emporta au pays des mots. Un pays où les mots s’envolaient hors des livres. Des livres qui n’étaient autres que les maisons du pays des mots. Les habitants de ce pays logeaient donc dans des livres, dont ils produisaient les mots. Ils inventaient des mots aussi naturellement que s’ils respiraient. Nouvel arrivant dans ce pays étrange, Adrien passa tout de suite pour un original. Il était incapable de produire des mots. Soudain, comme sortie d’un épais brouillard, il perçut du lointain une voix qui l’appelait.

    Adrien ?… Adrien ?…ADRIEN ! Fit une voix féminine.

La voix était douce, mais elle commençait à se faire insistante.

Adrien ne répondit pas. La voix appela de nouveau Adrien. La voix se fit plus   proche, plus claire, plus présente.

Adrien tressaillit. Il sentit comme une présence auprès de lui. Un doux parfum de          muguet chatouilla ses narines. Il sentit une main qui secouait doucement son épaule. Il tenta d’ouvrir les paupières, mais elles étaient bien trop lourdes. Il était en plein rêve et n’avait nulle envie d’en sortir. La main secoua plus fort son épaule.

    ADRIEN, vous m’entendez ? Réveillez-vous ! S’impatienta la voix.

Adrien souleva péniblement une paupière. Il aperçut une jeune femme penchée sur   lui. Elle était jeune et très belle, toute vêtue de noir de la tête aux pieds. Sa robe longue en soie changeante découvrait de fines épaules. Sa chevelure sombre était tirée en un chignon strict. Son regard gris transperça Adrien. Elle sourit.

    Enfin, vous voilà réveillé, Adrien ! Vous avez le sommeil lourd !

    Heu…quelle heure est-il ? Que faites-vous là ? Réussit à articuler Adrien, d’une   voix pâteuse.

    Il est un peu plus de minuit et je remettais un peu d’ordre ici ! Dites-moi, il s’en   passe ici de drôles de choses quand vous dormez ! Saviez-vous que les livres menaient une joyeuse sarabande ?! » Fit-elle en riant.

    Oui, oui…je m’en doute, mais que faites-vous dans ma librairie à cette heure  tardive ? La boutique est fermée depuis belle lurette ! Vous seriez-vous laissée enfermée par inadvertance ? Je vais vous reconduire ! 

    Non, Adrien ! Je suis là parce que vous m’avez appelée ! 

    Moi, je vous ai appelée ? Mais je n’ai appelé personne, je travaillais tranquillement quand je me suis endormi. D’ailleurs, il se fait très tard, il faut que je rentre chez moi. Tout d’abord, qui êtes-vous ?!

    Emily Brontë ! 


Pour connaître la suite...lisez l'article juste en-dessous !  A tout de suite!! :-)

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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
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  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

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