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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 15:56

 



 

 

    Emily Brontë ? Mais bien sûr, et moi je suis Victor Hugo ! Je n’ai pas vraiment envie de plaisanter à cette heure-ci, voyez-vous…Je suis fatigué et je rentrerais volontiers me coucher ! 

    Je suis Emily Brontë ! C’est bien moi qui ai écrit : « Les Hauts de Hurlevent » !

Vous êtes libraire, vous connaissez ?! A moins que je ne sois tombée dans l’oubli le plus total…Cela fait plus d’un siècle que j’ai disparu de la circulation !

Si je me souviens bien, j’ai été emportée par la tuberculose dans les années 1840… 

    Et vous croyez que j’ai vais croire à une histoire pareille ? Le livre là-bas, sur cette étagère, est en train de voir la réincarnation de son auteur ??!! Son auteur en chair et en os ?! Bon, vous êtes très amusante, j’adore l’humour d’habitude, mais là, vraiment vous ne me faites pas rire du tout ! Allez, je vous raccompagne ! 

 

Tout en minaudant, la jeune femme se dirigea vers l’étagère en question. Inclinant la  tête, elle se mit à chercher l’ouvrage dont elle était l’auteur.

Adrien l’observa. Il remarqua qu‘elle était vraiment belle mais qu’elle était étrangement fagotée. Elle semblait porter une robe de l’époque victorienne ! Pas vraiment la mode par ici !

    Ça alors !…je n’en reviens pas !…Quelle drôle de présentation pour un livre !…Ce format, si petit… S’exclama-t-elle.

    C’est un livre de poche ! Maugréa Adrien.

    Alors comme ça, on me lit encore ? Que c’est étrange de tenir entre les mains ma propre création, après des siècles !

 

« Une folle ! J’ai en face de moi une folle qui se prend pour Emily Brontë…et il est bientôt une heure du matin ! » Pensa Adrien qui se demandait comment il allait bien pouvoir  se débarrasser de cette fille bizarre qui était arrivée là il ne savait comment.

 

    Folle ? Vous me pensez vraiment folle ? Vous ne croyez pas du tout que je suis vraiment Emily Brontë ?! C’est bien ça, n’est ce pas ? Et bien, vous vous trompez !  Fit la jeune femme en se retournant brusquement.

Adrien resta bouche bée :

    Vous lisez dans mes pensées maintenant ?! 

 

Adrien était surpris. Il était certain de ne pas avoir parlé tout haut ! Il s’était fait cette réflexion dans sa tête et elle…elle…

La jeune femme s’approcha doucement de lui, souriante, et plongea son regard dans le sien.

    Bien sûr que je lis dans vos pensées ! Même de « Là-haut », je sais ce que vous ressentez, ce que vous pensez, ce que vous souhaitez. Je connais tout de vous. Je connais les histoires que vous inventez et que vous laissez stériles dans un coin de votre tête par peur de vous exprimer, par peur de ne point être à la hauteur de nous autres les « grands écrivains » comme vous dites. Vous savez, j’ai ressenti les mêmes frustrations que vous, dans mon ancienne vie d’écrivain. J’ai souffert aussi, comme vous des affres de la page blanche, jusqu’au jour où j’ai osé me lancer ! Oh bien sûr, je n’ai pas été très prolifique…Un roman, un seul, et quelques poèmes…mais au moins moi, j’ai osé sauter le pas !

J’ai été…comment dire…comme « guidée » par quelque chose qui me         dépassait…une main étrangère semblait guider la mienne. Un esprit autre que le mien semblait s’être emparé de la situation à ma place. Les mots coulaient à flots sur le papier. Je n’avais nul besoin de les chercher ces mots : ils exprimaient exactement ce que je voulais transmettre, sans plus aucune difficulté !      

Je vous ai entendu, tout à l’heure, Adrien, nous supplier de vous aider…

Nous vous avons tous entendu ! Giono, Zola, Balzac et tous les autres.

 

Adrien était abasourdi par ce qu’il était en train d’entendre. Ses yeux étaient écarquillés de stupeur. Il n’osait comprendre. Il allait ouvrir la bouche pour poser une question quand d’un signe la jeune femme l’arrêta :

 

    Non, Adrien, ne dites rien ! Ecoutez-moi jusqu’au bout !

Nous, les écrivains qui ne sommes désormais plus de ce monde, restons sensibles aux désirs  de ceux qui ont tant à dire et qui ne savent pas le faire ou n’osent pas.

Nous avons la mission de perpétuer l’écriture, car nous sommes convaincus que ce moyen d’expression entre les hommes ne doit jamais disparaître, que le plaisir de la lecture doit rester présent envers et contre tout !

Nous devons donc nous trouver des remplaçants pour que l’écriture survive. Nous recherchons de nouveaux écrivains, nous les aidons, nous les  guidons afin qu’ils accomplissent leur œuvre.

Vous êtes, Adrien, aux dires de tous les écrivains qui vous observent de Là-haut, depuis un certain temps, le candidat idéal pour cette mission !

Vous avez toutes les capacités requises pour faire un bon écrivain.

Vous portez ça en vous, vous ne rêver que de cela : écrire ! Nous savons que vous souffrez de ne point pouvoir assouvir ce désir, aussi avons-nous décidé de vous mettre le pied à l’étrier ! Nous allons vous aider, Adrien !

Chacun de nous, les anciens écrivains, chacun notre tour,  nous vous donnerons les chances de vous exprimer, nous vous soufflerons les mots Par la suite, vous vous sentirez plus à l’aise avec le style de l’un ou de l’autre, alors ce sera à vous de choisir l’écrivain qui colle le mieux à vous, et vous continuerez à travailler avec lui et seulement avec lui. J’ai déjà ma petite idée sur la question : je pense que vous vous entendrez bien avec Balzac ! Vous avez la même façon de « monter » vos histoires. Il vous apportera ses mots très volontiers et les critiques littéraires, en vous lisant, seront ravis de pouvoir décréter : «Ce jeune écrivain au style balzacien… » et ils ne se tromperont qu’à moitié ! Balzac, ou un autre, sera heureux de continuer à écrire par l’intermédiaire de votre main à vous ! 

 

Adrien était resté bouche bée sans pouvoir émettre une seule parole. Alors c’était donc vrai, tout ça…Les écrivains qui disaient être guidés par une autre force que la leur…Les écrivains qui confiaient qu’en se relisant, ils avaient l’impression de ne jamais avoir écrit ces mots-là, eux-mêmes…

Alors, serait-ce vraiment Emily Brontë, là devant lui, dépêchée en mission spéciale par ses confrères, pour faire de lui un futur écrivain ? Adrien se pinça pour être sûr qu’il ne rêvait pas. Non, il était bien éveillé : c’était bien Emily Brontë et puis toutes les paroles qu’il avait dites et qu’elle lui avait rapportées…et le fait qu’elle lisait dans ses pensées…

 

    Oui, oui, Adrien, je suis encore en train de lire dans vos pensées et je réponds à vos questions : oui, certains écrivains commencent par écrire, et très vite, ils sont guidés par la main d’un autre…Ce qui fait que souvent, lorsqu’ils se relisent par la suite, ils ne reconnaissent pas ce qu’ils ont écrit et ne savent pas l’expliquer.

Bref, Adrien, nous sommes très heureux, là-haut, d’avoir trouvé un nouveau candidat,    un candidat passionné par les mots qui rêve d’écrire du beau, pour assouvir sa passion et non pour faire de l’argent ! Des candidats, nous en avons tous les jours, mais ceux-là ne veulent écrire que pour devenir riches et célèbres,  aussi ne nous intéressent-ils pas du tout. Nous, nous aspirons à partager notre passion d’écrire avec quelqu’un comme vous. C’est une façon pour nous de continuer à écrire et de revivre les émotions que nous avons connues par le passé, ici-bas. Une façon aussi d’occuper notre temps agréablement, car, vous savez Adrien, le temps dure une éternité là-haut ! Ne vous inquiétez de rien : demain, vous ne vous rappellerez rien de notre entretien de cette nuit. Quand vous vous mettrez devant votre feuille blanche, les mots courront facilement sur le papier. Vous ne souffrirez pas de ce méchant malaise que l’on appelle le malaise de la page blanche. Vous allez devenir intarissable, Adrien, et vous noircirez des milliers de pages sans plus pouvoir vous arrêter ! Nous vous tiendrons la main de là-haut ! Comptez sur nous tous réunis ! 

 

Adrien cligna des yeux. Un rai de lumière tentait de s’immiscer au travers de ses paupières lourdes.

Des coups sourds et répétés attirèrent son attention. Il se frotta les yeux. Il se sentait très fatigué. Les coups redoublèrent. Il se redressa sur sa chaise et fut aveuglé par la lumière forte d’une lampe-torche braquée sur lui. On frappait à grands coups répétés sur la vitrine.

    Tout va bien, Monsieur Adrien ? 

Les vigiles de nuit, qui faisaient leur ronde, s’inquiétaient de voir, à cette heure avancée de la nuit, encore de la lumière dans la petite librairie.

    Oui, tout va bien, Messieurs ! J’étais en train de travailler et je me suis endormi, mais je rentre chez moi dans cinq minutes, merci !

    Alors, bonne nuit, Monsieur Adrien ! 

Adrien rangea en vitesse les papiers qui traînaient sur son bureau. Il n’avait pas beaucoup avancé dans son travail, ce soir. Il était bien trop fatigué ces temps-ci.

Il lui fallait absolument songer à prendre quelques jours de congé, quelques jours bien mérités, où il pourrait, à loisir, lire et inventer des histoires. Tenter d’écrire peut-être…oui, c’est ça, il allait trouver le temps, pendant ces quelques jours de vacances, pour s’essayer sérieusement à l’écriture !

Qui sait ? Libéré du stress quotidien, peut-être réussirait-il enfin cette fois-ci à aligner quelques mots...

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Bigornette 03/11/2008 15:45

une superbe nouvelle, qui ressemble à ce que je pense tu as raison...je l'ai lu en diagonale, car elle est un peu longue...mais j'en ai compris l'esprit...tu as un sacré talent..."c'est une belle façon de voir les choses" t'aurais-je dit il y a un an...Je n'avais jamais rien écrit...et puis voilà...je ne comprend pas bien ce qui s'est passé, mais parfois en quelques minutes j'écris un texte et je me surprend...
de ce fait je m'interroge...pourquoi à certains moments , pourquoi pas toujours...je suis en contact avec des livres depuis toute petite...j'était nulle en français...le croiras-tu ?...le fait d'épouser un pro de français a dû jouer dans cet amour pour les mots, j'ai fais des découvertes sur l'éthymologie forcément...mais lui même est surpris par mes écrits...il ne me reconnait pas..Bizarre...vous avez dit Bizarre !
hihi! gros bisous...

Nickyza 03/11/2008 16:46


Non, souvent on ne se reconnaît pas dans ses écrits, surtout lorsqu'on les relit quelque temps plus tard! Mystère...mais profitons de ces moments de grâce et laissons courir nos crayons sans tenter
d'analyser quoique ce soit :-)
Le thème de cette nouvelle peut être une explication à cet appel insistant du crayon...va savoir! Mais c'est totalement subjectif....juste mon imagination qui m'a conduite à cette issue où...je ne
pensais pas arriver en commençant ma nouvelle! Rires


Pierline 06/06/2008 18:49

Super cette histoire...on voit pas le temps passer...ça mérite une suite!!! Joli blog, joli mots, je reviendrai...

Decrypto 30/05/2008 17:35

Ainsi, dans toute l'histoire des hommes il n'y eut qu'un seul écrivain, qui en guida quelques autres. Puis le flambeau se transmit de génération en génération jusqu'à ce que du premier, nous ne sachions même plus le nom. C'est une belle idée, en filigrane d'un joli récit.

Nickyza 02/06/2008 00:21


Merci Decrypto de m'avoir lue jusqu'au bout :-))
Etrange entreprise que celle d'écrire...J'ai pour mon cas, souvent l'impression d'être guidée...surtout lorsque je relis certains de mes textes...bizarre, bizarre! :-))
A très bientôt Decrypto !!!


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 Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.
  • Je suis… Une silhouette évanescente, une ombre sous la lune blanche, juste un reflet dans un miroir où se reflètent mes mots…Mes mots qui résonnent en écho à d’autres mots, les vôtres, et ceux de mes auteurs favoris.

 
  Bienvenue dans ma caverne peuplée de livres ! A la nuit tombée, lorsque je dors, les livres s’échappent des rayonnages et partent en voyage. Les mots volent hors des pages et dansent une carole à en perdre voyelles et consonnes. Les auteurs et leurs héros devisent de tout et de rien, en refaisant le monde, confortablement installés dans les fauteuils du salon. Parfois leurs éclats de rire ou de voix troublent mon sommeil. Aux premiers rayons du soleil, à l’heure des rêves enfuis, mes livres regagnent sagement leur place, alignés sur l’étagère. Seuls quelques mots errent encore, surpris par la clarté du jour…

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